Au Burkina Faso, le vernis de la « veille citoyenne » et du sursaut patriotique s’écaille un peu plus chaque jour.
Sous la direction du capitaine Ibrahim Traoré, le régime militaire semble avoir troqué ses promesses de libération contre une recette autoritaire bien connue : le musellement systématique de toute voix discordante.
L’imam Kindo : quand le soutien d’hier devient la menace d’aujourd’hui
L’arrestation brutale, à la veille de la Tabaski, de l’imam Mohamed Ishaq Kindo par des hommes encagoulés illustre une paranoïa d’État galopante. Ironie de l’histoire : l’imam Kindo comptait parmi les premiers soutiens d’Ibrahim Traoré lors de sa prise de pouvoir. Son tort ? Avoir osé conserver son esprit critique face à un projet de loi visant à régenter les pratiques religieuses.
Contrairement à la figure hautement politique de l’imam Dicko au Mali, Kindo incarnait une autorité morale et une veille dogmatique au sein de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB). En le faisant disparaître de la circulation, la junte envoie un message glaçant : personne n’est à l’abri, et le loyalisme d’hier ne garantit aucune clémence aujourd’hui.
Criminaliser la jeunesse : le syndicalisme étudiant assimilé au terrorisme
La suspension pour trois mois de l’Union générale des étudiants du Burkina Faso (UGEB), une institution syndicale historique née en 1960, pousse le curseur de l’absurde encore plus loin. Les leaders étudiants sont aujourd’hui jetés en prison sous l’accusation commode d’« apologie du terrorisme » et de « démoralisation des forces de sécurité ».
Leur crime réel ? Avoir énoncé une vérité que la propagande d’État s’efforce de masquer : l’incapacité manifeste des autorités militaires à endiguer l’insécurité, transformant la crise en un conflit aux allures de guerre civile. Accuser des étudiants désarmés de complicité djihadiste à la moindre critique est devenu le refrain paresseux et systématique des régimes de l’AES (Burkina, Mali, Niger). À court de solutions sur le terrain militaire, ces juntes se rabattent sur l’ennemi intérieur, plus facile à capturer.
La faillite des promesses de l’AES
Pour masquer leur incapacité à tenir leurs engagements sécuritaires, ces régimes militarisés déploient une stratégie délibérée de traumatisation collective. L’objectif est limpide : gouverner par la peur pour s’acheter une tranquillité politique à bon compte.
Pourtant, cette fuite en avant autoritaire montre déjà ses limites. Les concepts séduisants de « souveraineté » et de « lutte contre l’impérialisme », qui avaient initialement soulevé l’enthousiasme des populations sahéliennes, s’avèrent être des coquilles vides. Derrière la rhétorique anti-occidentale se cache une réalité beaucoup plus sombre : arrestations arbitraires, enlèvements, censure et manipulations de l’information (parfois amplifiées par l’intelligence artificielle).
Mais la force brute a une faiblesse intrinsèque : ses propres excès. En étouffant l’espace civique et en criminalisant ses propres forces vives, qu’elles soient religieuses, syndicales ou intellectuelles, le régime d’Ibrahim Traoré fragilise ses propres fondations. Le silence de la communauté internationale et l’ambiguïté de certains partenaires ne font qu’offrir un sursis à ces dérives. Tôt ou tard, l’histoire montre que les sociétés civiles sahéliennes finissent toujours par réagir face à la confiscation du pouvoir.







