Alors que le Burkina Faso s’enfonce dans une paranoïa d’État, illustrée par l’arrestation de l’imam Kindo et la suspension de l’historique syndicat étudiant UGEB, le dogme de l’Alliance des États du Sahel (AES) commence à se heurter à un mur : celui de l’asphyxie économique et de l’isolement géographique.
Face à cette dérive autoritaire que la rhétorique « souverainiste » ne suffit plus à masquer, un acteur côtier pourrait bien détenir la clé du retour à la ligne démocratique : le Bénin.
Le piège de l’enclavement : Le point faible des juntes
Le capitaine Ibrahim Traoré et ses homologues de l’AES ont bâti leur pouvoir sur la rupture narrative avec l’Occident et la CEDEAO. Pourtant, la réalité géographique est têtue : le Burkina Faso, le Mali et le Niger sont des États enclavés. Pour survivre économiquement, importer des biens vitaux et exporter leurs ressources, ils dépendent viscéralement des ports du golfe de Guinée.
C’est ici que Cotonou dispose d’une arme diplomatique et économique redoutable. En reliant le Sahel au commerce mondial, le Bénin n’est pas seulement un corridor logistique, il est un partenaire indispensable. Une dépendance qui offre au président Patrice Talon, ou à son successeur, un levier d’influence politique majeur pour exiger des garanties sur les libertés fondamentales en échange du maintien des flux économiques.
Le pragmatisme béninois contre l’idéologie des militaires
Le Bénin a tout intérêt à ce que ses voisins du Nord reviennent dans le giron démocratique. L’instabilité chronique et l’absence d’État de droit au Burkina Faso favorisent la porosité des frontières et l’extension de la menace terroriste vers le Nord du Bénin.
Plutôt que de céder à l’affrontement stérile, Cotonou peut jouer la carte du pragmatisme conditionnel :
- L’incitation économique : Offrir des facilités portuaires et des projets d’infrastructures intégrés, mais indexés sur des étapes claires de transition civile et de respect des droits humains.
- La diplomatie de la main tendue : Servir de médiateur crédible pour offrir une sortie honorable aux militaires de l’AES, en garantissant un dialogue avec les forces vives (société civile, religieux, syndicats aujourd’hui persécutés).
Réhabiliter la société civile sahélienne par le Sud
En devenant un espace de dialogue et d’asile politique pour les intellectuels, syndicalistes et leaders d’opinion burkinabè ou nigériens traqués par leurs régimes, le Bénin peut maintenir vivante la flamme démocratique du Sahel. L’histoire a prouvé que la société civile burkinabè possède une résilience démocratique exceptionnelle. En lui offrant un écho et un appui diplomatique depuis la côte, le Bénin peut aider ces forces intérieures à accentuer la pression sur les juntes.
Tourner la page des régimes militaires au Sahel ne se fera pas par des sanctions aveugles de la CEDEAO, qui n’ont fait que radicaliser les positions. Cela se fera par une diplomatie de pivot, intelligente et géographiquement implacable. En utilisant habilement sa position de poumon économique, le Bénin a une opportunité historique : contraindre l’AES à négocier son retour vers la démocratie, sous peine d’étouffement.







