La décision suscite de vives réactions au Burkina Faso. Les autorités militaires ont ordonné la fermeture, jusqu’à nouvel ordre, de la grande mosquée sunnite de Ouagadougou, invoquant des risques de troubles à l’ordre public dans un climat déjà marqué par des tensions religieuses et sécuritaires.
Au cœur de cette affaire se trouve Mohamad Ishaq Kindo, un imam influent dont l’interpellation, ces derniers jours, a provoqué une vague d’incompréhension parmi une partie des fidèles. Le religieux s’était publiquement opposé à un projet de loi visant à renforcer l’encadrement de l’exercice des libertés religieuses dans ce pays sahélien où l’islam est la religion majoritaire.
Selon plusieurs témoignages relayés localement, l’imam avait exprimé ses réserves sur certaines dispositions du texte, estimant qu’elles pourraient restreindre davantage la pratique religieuse. Son arrestation a rapidement ravivé les tensions.
Dans les heures ayant suivi son interpellation, plusieurs fidèles se sont regroupés devant la mosquée pour réclamer sa libération. Les rassemblements ont été dispersés par les forces de sécurité, alors que la situation commençait à susciter des inquiétudes sur un possible embrasement.
Des arrestations ont également été signalées. D’après des sources concordantes, plusieurs dizaines de personnes auraient été interpellées. Une source sécuritaire évoque même près d’une centaine de partisans présumés de l’imam, qui auraient été transférés vers un centre de formation qualifié par les autorités de programme « civique et citoyen ». À ce stade, aucun bilan officiel détaillé n’a été communiqué.
La fermeture de la grande mosquée sunnite a, elle, été formalisée par un arrêté administratif pris par le gouverneur de la région de Ouagadougou, sans précision sur la durée exacte de la mesure.
Depuis sa prise du pouvoir en 2022, le capitaine Ibrahim Traoré dirige le pays sous un régime militaire qui affirme placer la lutte contre l’insécurité au cœur de son action. Les autorités justifient régulièrement les restrictions sécuritaires et certaines mesures exceptionnelles par la nécessité de faire face aux violences attribuées aux groupes armés djihadistes, actifs dans le pays depuis plus d’une décennie.
Cette fermeture intervient dans un contexte politique déjà tendu. Il y a quelques jours, les autorités avaient annoncé la suspension du principal syndicat étudiant burkinabè, tandis que son dirigeant était arrêté pour des accusations d’« apologie du terrorisme », alimentant les critiques d’une partie de l’opinion sur un durcissement du pouvoir à l’égard des voix dissidentes.







