Après près de trois décennies de rebondissements judiciaires, l’ancien président sud-africain Jacob Zuma devra finalement répondre devant la justice dans l’affaire des contrats d’armement qui empoisonne la vie politique sud-africaine depuis les années 1990. Jeudi 14 mai 2026, la Haute Cour de Pietermaritzburg a rejeté une nouvelle tentative de report et validé la tenue du procès pour corruption visant l’ex-chef de l’État et le groupe français Thales.
Dans un pays encore marqué par les blessures de la corruption d’État, cette décision judiciaire ravive un dossier devenu symbolique des dérives du pouvoir post-apartheid.
L’affaire trouve son origine dans un gigantesque contrat militaire conclu à la fin des années 1990 entre Pretoria et plusieurs entreprises européennes pour l’acquisition d’avions de chasse, de navires de patrouille et d’équipements militaires. Le marché, estimé à près de deux milliards de dollars, impliquait notamment l’entreprise française Thales, connue à l’époque sous le nom de Thomson-CSF.
Jacob Zuma, alors vice-président de l’Afrique du Sud, est accusé d’avoir bénéficié de pots-de-vin en échange d’un soutien politique destiné à protéger Thales d’éventuelles poursuites judiciaires. L’ancien président, aujourd’hui âgé de 84 ans, rejette fermement toutes les accusations, tout comme le groupe français.
Mais au fil des années, ce dossier est devenu bien plus qu’une simple affaire judiciaire. En Afrique du Sud, beaucoup y voient le symbole d’une justice sans cesse retardée par des recours procéduraux et des batailles politiques. Les multiples tentatives de suspension ou de renvoi du procès ont d’ailleurs conduit les médias sud-africains à surnommer cette saga judiciaire « Stop Stalingrad », en référence à une stratégie d’épuisement visant à ralentir les procédures.
Jeudi, le juge Nkosinathi Chili a estimé qu’un nouveau report porterait gravement atteinte à la crédibilité de la justice sud-africaine. Selon lui, « l’intérêt de la justice » impose désormais que le procès se tienne enfin.
L’absence de Jacob Zuma lors du prononcé de cette décision n’a pas échappé à l’attention de l’opinion publique. Figure aussi populaire que controversée, l’ancien dirigeant continue de diviser profondément le pays. Pour ses partisans, il demeure un vétéran de la lutte anti-apartheid victime d’acharnement politique. Pour ses détracteurs, il incarne au contraire les années de corruption et d’affaiblissement des institutions sud-africaines.
Son passage au pouvoir entre 2009 et 2018 reste associé à une série de scandales financiers qui avaient finalement conduit l’ANC à le pousser vers la sortie. Même après sa démission, Jacob Zuma est resté au cœur des tensions politiques nationales.
En 2021, son incarcération pour outrage à la justice après son refus de témoigner devant une commission d’enquête sur la corruption avait provoqué des violences d’une ampleur inédite depuis la fin de l’apartheid. Plus de 350 personnes avaient perdu la vie dans les émeutes qui avaient secoué plusieurs provinces du pays.
Aujourd’hui encore, cette nouvelle étape judiciaire réveille des souvenirs douloureux dans une Afrique du Sud confrontée aux défis persistants de la gouvernance, des inégalités sociales et de la défiance envers la classe politique.
Aucune date de procès n’a encore été annoncée. Mais pour de nombreux Sud-Africains, une question demeure : la justice réussira-t-elle enfin à tourner l’une des pages les plus controversées de l’histoire politique récente du pays ?







