À Conakry, un simple trajet peut désormais virer au drame. En quelques secondes, un téléphone disparaît, un sac est arraché, une vie bascule. Depuis plusieurs mois, le phénomène du vol à l’arraché inquiète de plus en plus d’habitants, confrontés à des agressions souvent menées par des hommes circulant à moto.
Dans les embouteillages ou à bord des tricycles appelés « Bombona », les victimes sont prises par surprise. Certaines perdent leurs biens. D’autres y laissent des blessures. Parfois même, leur vie.
Le journaliste Thierno Amadou Oury BAH garde encore un souvenir douloureux de l’attaque dont il a été victime il y a quelques jours.
Après une longue journée passée en rédaction, il rentrait chez lui avec son matériel de travail lorsqu’un homme à moto s’est brusquement emparé de son sac près de Foulamadina, en direction du lac de Sonfonia.
« Le sac est tombé sur la route. Les véhicules derrière ont roulé dessus. Quand je suis descendu, tout était déjà détruit : mon ordinateur, ma caméra, mes accessoires de travail… », raconte-t-il avec émotion.
Dans plusieurs quartiers de Conakry, beaucoup vivent désormais avec la peur au ventre. Des passagers cachent leurs téléphones pendant les trajets. D’autres évitent de sortir avec des sacs visibles. Certains regardent derrière eux à chaque arrêt de circulation.
Les autorités sécuritaires reconnaissent elles-mêmes que cette forme de criminalité est devenue particulièrement difficile à combattre.
Le directeur des Groupements mobiles d’intervention et de sécurité (GMIS), le contrôleur général Ibrahima Sory Diabaté, expliquait déjà en novembre 2025 que les forces de l’ordre faisaient face à « une autre forme de délinquance » opérant principalement à moto, parfois avec l’appui de taxi-motards.
Des motos ont été remises aux unités de sécurité pour tenter de poursuivre les agresseurs dans la circulation. Plusieurs arrestations ont eu lieu. Mais sur le terrain, les habitants disent avoir le sentiment que les voleurs gardent toujours une longueur d’avance.
Certaines victimes ne sont jamais rentrées chez elles.
Le 31 octobre 2025, Mohamed Barry, surnommé « Nedved », a perdu la vie à Lambanyi après avoir été violemment projeté au sol lors d’une tentative d’arrachage de sac. Transporté à l’Hôpital de l’Amitié Sino-Guinéenne, il n’a pas survécu à ses blessures.
Quelques jours plus tôt, le 17 octobre 2025, Jeannette Mansaré mourait elle aussi après avoir tenté de résister à des agresseurs au rond-point de la T5.
Derrière ces faits, ce sont des familles brisées, des proches traumatisés et une population de plus en plus inquiète face à une violence qui semble s’installer dans le quotidien.
Aujourd’hui, de nombreux citoyens demandent aux autorités d’intensifier la lutte contre ce phénomène devenu une véritable menace urbaine. Car pour beaucoup, il ne s’agit plus seulement de vols, mais d’une insécurité qui coûte désormais des vies.







