Alors que le sommet « Africa Forward » se poursuit à Nairobi, les débats autour des relations entre la France et l’Afrique continuent de susciter réactions et interrogations. Pour Ibrahima Mbemba BAH, derrière les discours sur le renouvellement du partenariat, les déséquilibres restent encore visibles.
Interrogé par notre rédaction, l’analyste géopolitique guinéen estime que ce type de rencontre s’inscrit dans une longue continuité diplomatique et économique entre Paris et le continent africain.
« Depuis plusieurs décennies, on assiste au même type de sommets avec, à chaque fois, une nouvelle appellation ou une nouvelle formule pour montrer que les relations changent. Mais les véritables questions de fond ne sont pas toujours abordées avec sincérité », analyse-t-il.
Selon lui, la France cherche désormais à élargir son influence économique au-delà de l’Afrique francophone traditionnelle, notamment vers des pays anglophones comme le Nigeria ou le Kenya, devenus des partenaires stratégiques importants.
Pour cet enseignant, la forte présence d’entreprises françaises à Nairobi illustre avant tout des intérêts économiques majeurs.
« Emmanuel Macron s’est déplacé avec plusieurs chefs d’entreprises opérant dans l’énergie, la sécurité, l’automobile ou encore les nouvelles technologies. L’objectif est clairement de consolider des marchés et décrocher de nouveaux contrats pour les multinationales françaises », explique-t-il.
L’analyste reconnaît néanmoins que plusieurs secteurs africains ont bénéficié d’une expertise étrangère, notamment dans l’agriculture ou les infrastructures. Mais il s’interroge sur les retombées concrètes pour les pays africains.
« La vraie question est de savoir ce que l’Afrique gagne réellement dans ces partenariats. Très souvent, les accords signés profitent davantage aux grandes entreprises françaises qu’aux économies locales », estime-t-il.
En marge du sommet, plusieurs mouvements de la société civile kényane ont organisé des manifestations pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une nouvelle forme d’influence française sur le continent.
Pour Ibrahima Mbemba BAH, cette contestation traduit surtout l’évolution des mentalités au sein de la jeunesse africaine.
« Les jeunes Africains sont aujourd’hui beaucoup plus informés et conscients des enjeux géopolitiques. Beaucoup ont étudié à l’étranger, sont entrepreneurs ou engagés politiquement. Ils veulent désormais des relations plus équilibrées et des résultats concrets », affirme-t-il.
À ses yeux, les protestations observées à Nairobi montrent que les discours symboliques ne suffisent plus.
« Les populations attendent des actes, pas seulement des changements de slogans ou de formats diplomatiques », conclut l’analyste guinéen.







