Trois ans après le coup d’État qui a renversé le gouvernement démocratiquement élu de Mohamed Bazoum, le Niger offre le spectacle d’un naufrage géopolitique et sécuritaire prévisible.
Alors que le pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans l’instabilité, le général Abdourahamane Tiani n’a désormais plus d’autre choix que d’abandonner les rênes de la sécurité nationale aux forces paramilitaires russes pour assurer la simple survie de son régime.
Une souveraineté bradée sous couvert de souverainisme
L’ironie est saisissante. Après avoir brandi la bannière du patriotisme et de la décolonisation pour justifier l’expulsion des troupes occidentales et la rupture avec ses partenaires traditionnels, le pouvoir militaire de Niamey se retrouve totalement inféodé à Moscou. Ce qui était présenté comme un sursaut de dignité nationale s’apparente aujourd’hui à un simple changement de tutelle, le Niger passant d’un ancrage diplomatique diversifié à une dépendance exclusive vis-à-vis du Kremlin et des mercenaires d’Africa Corps.
L’impasse d’un régime aux abois
Sur le terrain, le bilan sécuritaire est calamiteux : l’insurrection terroriste flambe, les victimes s’accumulent et le pays subit une recrudescence des tensions internes, illustrée par la récente mutinerie à Niamey que seuls les renforts russes ont permis de contenir. Incapable de stabiliser le territoire, la junte militaire en est réduite à faire de la répression politique son principal outil de gouvernement. Prisons saturées, déchéances de nationalité pour les voix dissidentes, musellement de la société civile : le Niger, autrefois perçu comme une démocratie émergente et un pivot de stabilité au Sahel, s’est fermé sur lui-même.
Une faillite sociale maquillée en posture guerrière
Pendant que les officiers de la junte célèbrent à grands renforts de propagande leur alliance stratégique avec Moscou, la réalité quotidienne des Nigériens est un désastre silencieux. L’isolement diplomatique, conjugué à l’opacité financière des contrats d’exploitation minière et pétrolière cédés dans l’urgence pour rémunérer la présence paramilitaire étrangère, asphyxie l’économie nationale. Les services publics s’effondrent, l’inflation étrangle les ménages et la population réalise désormais que les slogans souverainistes ne remplissent pas les assiettes. En substituant le culte de la force au développement, le régime a troqué l’avenir d’une nation contre la sauvegarde d’un clan.
L’isolement régional et le mirage sécuritaire
Sur la scène sous-régionale, l’alignement aveugle du général Tiani sur le bloc des régimes militaires d’exception consacre l’enfermement du Niger dans un piège géopolitique. En tournant le dos aux mécanismes de coopération ouest-africains et en rejetant toute médiation, la junte a transformé le pays en un maillon vulnérable et isolé. La doctrine du « tout-sécuritaire » sous patronage russe, loin d’éteindre le foyer djihadiste, attise les rancœurs territoriales, fragilise le tissu social et prive définitivement le pays des financements internationaux indispensables à sa reconstruction. En remettant le destin national entre des mains étrangères pour protéger un pouvoir affaibli, le général Tiani ne défend plus la souveraineté du Niger ; il en orchestre méthodiquement l’assujettissement.







