À Kinshasa, on déménage rarement une ambassade pour gagner quelques mètres carrés de bureau. Alors lorsque Félix Tshisekedi annonce le transfert de la représentation congolaise de Tel-Aviv à Jérusalem, ce n’est pas un problème de bail commercial. C’est un signal politique.
La décision a été officialisée après une rencontre avec Benjamin Netanyahu à Jérusalem. Au menu : renforcement des relations bilatérales, promesse d’ouverture d’une ambassade israélienne à Kinshasa et futur transfert de l’ambassade congolaise vers la Ville sainte.
Sur le papier, il ne s’agit que d’un changement d’adresse. Dans les faits, c’est un geste diplomatique qui fait tousser plus d’une chancellerie.
Depuis des décennies, la quasi-totalité des pays gardent leurs ambassades à Tel-Aviv, histoire de ne pas se brûler les doigts sur l’épineuse question du statut de Jérusalem. La communauté internationale estime généralement que ce dossier devrait être réglé dans le cadre d’un accord israélo-palestinien.
Mais à Kinshasa, manifestement, on a décidé qu’attendre le consensus mondial pouvait prendre un certain temps.
La RDC rejoint ainsi le petit cercle des États qui ont suivi le chemin ouvert par Washington en 2018. Un club diplomatique peu fréquenté où l’on croise notamment le Guatemala, le Honduras, le Kosovo, le Paraguay ou encore la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Pas exactement le G20, mais un cercle suffisamment restreint pour attirer l’attention.
Les mauvaises langues diront que Félix Tshisekedi collectionne les partenariats stratégiques avec le même enthousiasme qu’un amateur de football accumule les maillots dédicacés. Agriculture, sécurité, gestion de l’eau, nouvelles technologies : Israël présente plusieurs atouts susceptibles d’intéresser un pouvoir congolais toujours à la recherche de solutions et d’alliances.
À Jérusalem, on savoure évidemment la nouvelle. Chaque ambassade qui quitte Tel-Aviv constitue une victoire symbolique dans la longue bataille diplomatique autour du statut de la ville.
Reste une question que les diplomates connaissent bien : une annonce est une chose, un déménagement effectif en est une autre. Plusieurs pays ont déjà promis leur transfert avant de ranger discrètement le projet dans un tiroir. D’ailleurs, aucun calendrier précis n’a encore été communiqué pour la mise en œuvre de la décision congolaise.
En attendant, la RDC a réussi ce que recherchent souvent les États sur la scène internationale : faire parler d’elle. À défaut de déplacer des montagnes, Kinshasa déplace son ambassade. Et dans le langage feutré de la diplomatie, cela équivaut parfois à un coup de cymbales.







