Trois ans après le renversement du président démocratiquement élu Mohamed Bazoum, le bilan de la junte militaire conduite par le général Abdourahamane Tiani dresse le portrait d’un pays plongé dans une instabilité chronique.
Alors que le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) avait justifié sa prise de pouvoir en juillet 2023 par la promesse d’une dégradation sécuritaire enrayée, les chiffres et la réalité du terrain témoignent d’une dégradation continue du paysage sécuritaire et économique nigérien.
Le revers des armes : la détérioration continue de la sécurité
La promesse centrale des militaires repose sur la restauration de l’intégrité territoriale et la fin de la menace terroriste. Or, l’analyse des dynamiques de conflits montre une amplification des attaques menées par les groupes armés non-étatiques, qu’il s’agisse de la nébuleuse affiliée à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) dans la zone des trois frontières ou du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) dans l’ouest du pays.
La rupture des partenariats militaires traditionnels avec les forces occidentales, couplée au retrait de la force de la CEDEAO, a créé des vides sécuritaires que les forces armées nigériennes, malgré le soutien stratégique de leurs alliés de l’Alliance des États du Sahel (AES), ne parviennent pas à combler. Les opérations militaires, souvent menées dans une grande opacité, s’accompagnent d’un bilan humain lourd pour les populations civiles, piégées entre les exactions des insurgés et les représailles de l’armée.
L’asphyxie économique et l’isolement diplomatique
Sur le plan économique, le tournant souverainiste opéré par Niamey s’est traduit par un coût social disproportionné pour la population. Si la levée des sanctions économiques de la CEDEAO a apporté un répit relatif, les flux commerciaux restent profondément perturbés, notamment en raison des tensions persistantes avec le Bénin voisin autour de l’exportation du pétrole brut via le pipeline géant.
Cette paralysie logistique et financière pénalise lourdement les recettes publiques, réduisant la capacité de l’État à financer les services sociaux de base comme la santé et l’éducation. Les investissements directs étrangers sont à l’arrêt, tandis que l’inflation sur les denrées de première nécessité continue d’éroder le pouvoir d’achat des ménages nigériens, accentuant une crise humanitaire déjà critique.
Le verrouillage politique et la transition indéfinie
Au niveau institutionnel, la promesse d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel s’est muée en une consolidation indéfinie du pouvoir militaire. Le dialogue national, censé fixer la durée de la transition et poser les bases des réformes politiques, a servi de levier pour marginaliser l’opposition démocratique et museler les voix critiques de la société civile.
La détention continue de Mohamed Bazoum et la répression des mouvements citoyens illustrent la dérive autoritaire du régime. En s’enfermant dans une rhétorique anti-impérialiste pour maintenir sa légitimité interne, le CNSP masque difficilement l’absence d’une stratégie de sortie de crise lisible.
Trois ans après le putsch de juillet 2023, le Niger ne s’est ni stabilisé ni affranchi de ses dépendances : le pays s’est simplement enfoncé dans un huis clos sécuritaire et économique dont les premières victimes demeurent les populations civiles.







