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Burkina Faso : la culture sous le couperet de la censure militaire

Admin de Admin
12 August 2026
dans À la une, AES, Afrique, Burkina Faso
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Burkina Faso : la culture sous le couperet de la censure militaire
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Le  gouvernement de transition au Burkina Faso franchit une nouvelle étape dans le contrôle social.  En effet, 18 manifestations festives et culturelles urbaines ont été interdites  au nom des « bonnes mœurs ». Derrière le discours souverainiste d’un “assainissement citoyen” se dessine une stratégie classique d’étouffement des libertés fondamentales et une précarisation accrue de la jeunesse.

Une régenterie morale au service du contrôle politique

Le ministère burkinabè de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme (MCCAT) a émis une série de mises en demeure interdisant la tenue de 18 événements culturels et récréatifs majeurs. Parmi les manifestations ciblées figurent des rendez-vous incontournables de la scène urbaine à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, tels que Golden Moment, Urban Vibes, The Out Side ou encore Tropical Summer.

Les autorités invoquent la préservation des « bonnes mœurs », la protection des mineurs et la sauvegarde de l’ordre public. Cette offensive réglementaire s’appuie directement sur la loi n°004-2025/ALT régissant le statut de l’artiste, adoptée un an plus tôt pour encadrer strictement la création au nom des « valeurs endogènes » et de la doctrine de la « Révolution progressiste populaire ».

Cette décision ne constitue pas un fait isolé : elle fait suite à la suspension, quelques semaines plus tôt, des concours de beauté féminins. Lorsqu’un régime militaire, confronté à des défis sécuritaires majeurs et à une détérioration de la situation socio-économique, choisit de régenter les loisirs de la jeunesse, il applique un ressort autoritaire bien connu : la distraction idéologique par le contrôle moral.

L’ingénierie de la censure : trois leviers d’asphyxie

Le durcissement du cadre normatif s’articule autour de trois impacts majeurs sur la société burkinabè :

  1. L’instrumentalisation de la tradition et des « valeurs endogènes »

En s’érigeant en arbitre suprême de la moralité publique, le pouvoir militaire s’octroie un droit de regard arbitraire sur la création contemporaine. L’invocation des traditions populaires sert ici de caution idéologique pour imposer une culture officielle, monolithique et sous tutelle d’État, reléguant au rang de déviance toute expression urbaine moderne.

  1. Le désastre économique pour l’écosystème créatif

Au-delà de la liberté d’expression, ces interdictions de dernière minute portent un coup violent à l’économie événementielle. Les promoteurs, ayant déjà engagé d’importants investissements financiers, se retrouvent au bord de la faillite. Plus largement, c’est toute une chaîne de valeur informelle, techniciens, DJ, agents de sécurité, petits commerçants et prestataires logistiques, qui se voit brutalement privée de ses moyens de subsistance.

  1. Le verrouillage méthodique de l’espace civique

Après avoir restreint le champ politique, suspendu plusieurs médias indépendants et soumis la société civile à une forte pression administrative, le gouvernement s’attaque désormais aux derniers espaces d’expression et de rassemblement spontanés. Empêcher la jeunesse de se réunir et de créer sous couvert de protection morale traduit l’inquiétude sous-jacente du régime face à toute forme de mobilisation populaire échappant à son encadrement direct.

La culture face au miroir de la vulnérabilité d’État

En sommant les acteurs culturels de réinventer leurs concepts, de renommer leurs festivals et d’imposer des codes vestimentaires stricts sous peine de sanctions administratives ou de retraits d’agréments, la junte tente de façonner une société sous contrôle sanitaire permanent.

L’histoire démontre pourtant que lorsqu’un pouvoir commence à dicter la manière dont sa jeunesse doit s’amuser, s’habiller ou s’exprimer dans l’espace public, cela traduit moins une force souveraine qu’une fragilité politique. La culture burkinabè a historiquement puisé sa vitalité dans son audace, son ouverture et sa capacité d’innovation. Vouloir lui imposer le silence au nom de la discipline républicaine risque avant tout d’aliéner le moteur le plus dynamique de la nation : sa jeunesse.

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