Les juntes militaires de la Confédération des États du Sahel prétendent rééquilibrer les règles du jeu avec les multinationales. Mais derrière la promesse de « souveraineté économique », la stratégie révèle de profondes failles structurelles et sécuritaires.
Un nationalisme minier pour pallier le vide financier
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger cherchent à unifier leurs cadres réglementaires miniers et pétroliers. L’objectif affiché est séduisant : faire bloc pour imposer de meilleurs codes miniers, augmenter les redevances étatiques et mettre fin au modèle jugé « extractiviste » favorisé par les entreprises occidentales.
Pourtant, cette offensive réglementaire s’apparente surtout à un impératif de survie financière pour des gouvernements aux abois :
Privés des concours financiers des bailleurs de fonds traditionnels et coupés des marchés de capitaux de la région depuis leur rupture avec la CEDEAO, les régimes militaires cherchent désespérément de nouvelles rentes budgétaires.
Réviser les codes miniers à la hâte permet d’exiger des paiements immédiats ou des nationalisations de parts sociales, au risque d’asphyxier le tissu industriel à long terme au profit des dépenses militaires courantes.
Le paradoxe du terrain : exploiter dans des zones hors de contrôle
Cette tentative d’harmonisation se heurte à une contradiction fondamentale : la dégradation continue du contexte sécuritaire. De nombreuses mines artisanales et industrielles d’or (au Mali et au Burkina) ou de ressources énergétiques tombent sous l’influence directe ou indirecte des groupes djihadistes (JNIM/EIGS), qui prélèvent leurs propres taxes. De surcroît, les menaces sécuritaires conjointes au durcissement fiscal unilatéral font fuir les opérateurs miniers majeurs et freinent les nouveaux investissements dans l’exploration. Chasser les multinationales occidentales pour confier des concessions d’État à de nouveaux acteurs opportunistes (sociétés de sécurité privées russes ou partenaires turcs/chinois) ne crée pas de la souveraineté, mais déplace le rapport de vassalité.
La souveraineté économique au péril de l’opacité
Sur le plan de la gouvernance, la centralisation des décisions économiques par des décrets militaires pose de graves questions de transparence :
Alors que l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) imposait des normes strictes sur la publication des contrats et des revenus miniers, les réformes menées à Bamako, Niamey ou Ouagadougou s’effectuent à huis clos sous couvert d’« effort de guerre ».
En l’absence de réseaux électriques stables, d’infrastructures de transport intégrées et de capital humain qualifié, l’ambition de transformer localement les minerais bruts reste une promesse incantatoire déconnectée des réalités industrielles.
Les dirigeants de l’AES appliquent au secteur économique la même recette qu’à la diplomatie et à la défense : la prime à l’affichage idéologique sur la viabilité économique. Sans sécurité garantie sur le terrain ni cadre juridique prévisible, l’harmonisation des politiques minières risque fort de solder le patrimoine naturel du Sahel sans jamais profiter aux populations locales.







