Dans les couloirs feutrés des Nations unies, la prochaine bataille pour le secrétariat général se poursuit. Parmi les prétendants à la succession d’António Guterres, l’ancien président sénégalais Macky Sall apparaît comme l’un des candidats les plus sérieux. Son expérience, son réseau diplomatique et le soutien de pays africains jouent en sa faveur. Mais comme souvent à l’ONU, les qualités d’un candidat comptent moins que sa capacité à survivre aux rivalités des grandes puissances.
L’entrée officielle de Macky Sall dans la course a donné une visibilité nouvelle à une candidature qui circulait depuis plusieurs mois dans les milieux diplomatiques. Ancien chef de l’État sénégalais pendant douze ans et ancien président en exercice de l’Union africaine, il dispose d’un profil rarement contesté sur le plan de l’expérience internationale. Son dossier a été officiellement déposé à New York avec l’appui du Burundi qui assure la présidence tournante de l’Union africaine et qui a choisi de faire de lui son candidat pour succéder à António Guterres à partir de janvier 2027.
Pour ses partisans, son principal argument est simple : voilà vingt ans qu’aucun Africain n’a dirigé l’organisation. Depuis le départ de Kofi Annan en 2006, le continent est absent du sommet de l’institution alors même qu’il demeure au cœur de nombreuses opérations de maintien de la paix, des débats sur le développement et des discussions sur la réforme de la gouvernance mondiale. La candidature de Macky Sall se présente donc aussi comme celle d’une Afrique qui réclame une place plus importante dans les grandes institutions internationales.
Mais l’ONU n’est pas une organisation où les équilibres démographiques ou régionaux suffisent à gagner une élection.
Le véritable champ de bataille se trouve au Conseil de sécurité. Pour devenir secrétaire général, un candidat doit obtenir l’accord des cinq membres permanents, ou du moins éviter leur veto. Les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni disposent chacun du pouvoir de bloquer une candidature, quelle que soit sa popularité au sein de l’Assemblée générale.
C’est précisément là que Macky Sall tente de bâtir sa stratégie.
Selon plusieurs observateurs, l’ancien président sénégalais cherche à se présenter comme le candidat du consensus. Ces derniers mois, il a multiplié les contacts diplomatiques avec certains acteurs clés du système international. Une rencontre avec le président français Emmanuel Macron et des échanges avec le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi illustrent sa volonté de rassurer simultanément les capitales occidentales et les puissances émergentes.
Son réseau personnel constitue d’ailleurs l’un de ses principaux atouts. Pendant ses années à la présidence du Sénégal puis à la tête de l’Union africaine, il a développé des relations avec des dirigeants européens, américains, asiatiques et du Moyen-Orient. Plusieurs de ses soutiens estiment qu’il dispose aujourd’hui d’une crédibilité suffisante pour dialoguer avec l’ensemble des grandes puissances sans être perçu comme le représentant exclusif d’un bloc géopolitique.
Son socle politique demeure néanmoins africain.
Le soutien de pays de l’Union africaine lui apporte une légitimité précieuse. Plus récemment, le gouvernement sénégalais a également décidé de soutenir officiellement sa candidature. Ce point n’était pas acquis d’avance après l’alternance politique à Dakar, mais le ralliement du pouvoir sénégalais offre désormais à Macky Sall les ressources diplomatiques d’un État engagé dans sa campagne internationale.
Pour autant, ses chances de succès restent difficiles à évaluer.
Le premier obstacle provient de la concurrence. Plusieurs poids lourds sont également en lice, notamment l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet et le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’Argentin Rafael Grossi. Aucun candidat ne semble actuellement bénéficier d’une avance décisive, ce qui rend le scrutin particulièrement ouvert.
Le deuxième obstacle est d’ordre géopolitique. Une tradition non écrite veut que le poste de secrétaire général tourne entre les grandes régions du monde. De nombreux diplomates considèrent ainsi que l’Amérique latine et les Caraïbes pourraient être favorisées cette fois-ci, n’ayant jamais obtenu le poste. Cette logique informelle pourrait avantager des candidats latino-américains au détriment du Sénégalais.
Enfin, Macky Sall doit composer avec les controverses qui entourent la fin de sa présidence. Des organisations et des collectifs sénégalais opposés à son bilan ont déjà manifesté leur hostilité à sa candidature, mettant en avant les tensions politiques et les arrestations survenues entre 2021 et 2024. Même si ces critiques ne sont pas nécessairement déterminantes pour les membres du Conseil de sécurité, elles pourraient alimenter un débat sur sa capacité à incarner les valeurs défendues par l’ONU.
Pourtant, plusieurs analystes considèrent que la fragmentation du vote latino-américain pourrait paradoxalement lui ouvrir une fenêtre de tir. Si Michelle Bachelet, Rafael Grossi et d’autres candidats de la région peinent à fédérer un consensus, Macky Sall pourrait apparaître comme une solution de compromis acceptable pour les grandes puissances. Certains experts vont jusqu’à le décrire comme l’un des candidats les mieux placés pour incarner cette option médiane recherchée par le Conseil de sécurité.
En définitive, la candidature de Macky Sall repose sur un pari : transformer un soutien continental fort en consensus mondial. Il dispose d’atouts réels, notamment l’appui africain, un réseau diplomatique étendu et des relations suivies avec des acteurs influents comme la France et la Chine. Mais son destin dépendra moins des applaudissements de l’Assemblée générale que des calculs stratégiques de Washington, Pékin, Moscou, Londres et Paris.
À ce stade, l’ancien président sénégalais n’est ni le favori incontesté ni un outsider. Il occupe une position plus subtile : celle du candidat que suffisamment de pays pourraient accepter si aucun autre n’arrive à s’imposer. Et dans l’histoire des Nations unies, c’est souvent ainsi que naissent les victoires les plus improbables.







