Ils étaient magistrat, journaliste ou acteur de la société civile. Aujourd’hui, ils vivent en Côte d’Ivoire, loin de leur pays, après avoir quitté le Burkina Faso sous le régime du capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir à la suite du coup d’État de septembre 2022.
Plusieurs exilés interrogés par l’AFP décrivent un climat de peur marqué par des convocations militaires, des intimidations et des menaces à l’encontre des voix critiques. Tous ont demandé à conserver l’anonymat par crainte de représailles.
Boukary, acteur judiciaire, affirme avoir quitté son pays à la fin de l’année 2024 après avoir été réquisitionné pour participer à l’effort de guerre contre les groupes jihadistes. Selon lui, cette mobilisation était liée à un dossier impliquant un proche du pouvoir. Craignant pour sa sécurité, il a quitté clandestinement le territoire avant que sa famille ne le rejoigne en Côte d’Ivoire. Depuis, explique-t-il, il survit grâce à l’aide de proches.
Le sort des journalistes apparaît particulièrement préoccupant. Adama, qui affirme avoir lui aussi été visé par un enrôlement forcé, estime qu’« il n’y a plus de liberté de la presse » dans son pays. Exilé depuis fin 2023, il poursuit toutefois son activité journalistique tout en limitant son exposition publique.
Même constat pour Ousmane, arrivé en Côte d’Ivoire la même année. Il raconte continuer à recevoir des menaces après ses publications et affirme faire l’objet de procédures judiciaires qu’il juge motivées politiquement. Selon lui, l’exil constitue aujourd’hui une forme de résistance face à la fermeture de l’espace public au Burkina Faso.
Salifou, autre journaliste réfugié en Côte d’Ivoire, dit vivre dans l’incertitude. Il assure qu’il ne retournera à Ouagadougou que lorsqu’il se sentira suffisamment en sécurité. À ses yeux, les enlèvements présumés de voix critiques et les restrictions imposées aux médias internationaux ont considérablement réduit les possibilités d’informer sur la situation du pays.
Ces témoignages interviennent alors que le Burkina Faso demeure confronté à une crise sécuritaire majeure liée aux attaques jihadistes. Les autorités présentent la mobilisation nationale comme une nécessité pour faire face à cette menace. De leur côté, plusieurs organisations de défense des droits humains accusent le pouvoir d’utiliser certaines mesures sécuritaires pour faire taire les opposants et les critiques.
Pour ces exilés, l’espoir d’un retour reste conditionné à une évolution du contexte politique. Tous disent attendre une décrispation de la situation et le rétablissement d’un cadre démocratique avant d’envisager un retour dans leur pays.







