La rupture unilatérale des relations diplomatiques avec la France, actée fin juin par le capitaine Ibrahim Traoré, a produit ses effets les plus concrets cette semaine.
En réponse, Paris a finalisé le retrait complet de ses diplomates et ordonné l’expulsion réciproque du personnel burkinabè. Si cette décision est brandie par la junte comme un acte de souveraineté radicale, elle ressemble surtout à un saut dans le vide géopolitique, dont les premières victimes risquent d’être, comme toujours, les citoyens ordinaires.
Une stratégie de la rupture qui montre ses limites
Depuis le coup d’État de septembre 2022, la junte militaire de Ouagadougou a fait du ressentiment anti-français son principal carburant politique. Briser les derniers ponts diplomatiques offre certes un gain de popularité facile à court terme auprès d’une base radicalisée, mais cela ne constitue pas une stratégie d’État. En s’enfermant dans une logique de confrontation permanente, le régime d’Ibrahim Traoré asphyxie la diplomatie burkinabè et coupe le pays de partenaires historiques au moment même où la crise sécuritaire exige une mobilisation internationale inédite.
Le chiffre clé : Plus de 60 % du territoire burkinabè échappe encore au contrôle total de l’État, malgré les promesses répétées de la junte de restaurer la sécurité « en quelques mois ».
L’illusion des nouveaux alliés
Pour compenser ce vide, la junte s’est tournée massivement vers Moscou et l’Alliance des États du Sahel (AES). Mais l’aide militaire russe et le recours aux paramilitaires n’ont pas inversé la courbe des violences terroristes. Au contraire, le conflit s’enfonce dans une guerre d’usure sanglante, marquée par une hausse dramatique des pertes civiles et militaires. Remplacer une dépendance par une autre, tout en se fâchant avec le reste de la communauté internationale, n’est pas de la souveraineté : c’est de l’aveuglement.
Les vrais coûts de la dérive diplomatique
Derrière les communiqués triomphants de la primature burkinabè, la réalité économique et sociale s’assombrit.
La fermeture des canaux diplomatiques officiels fragilise les flux financiers, l’aide internationale au développement et les investissements extérieurs, alors que l’inflation pèse lourdement sur les ménages.
Des millions de déplacés internes vivent dans des conditions précaires. Couper les ponts avec l’Occident complique directement le travail et le financement des grandes agences humanitaires sur le terrain.
La rupture des visas, des bourses universitaires et des partenariats culturels ferme des portes précieuses pour les étudiants burkinabè qui espéraient se former à l’étranger.
En choisissant la fuite en avant diplomatique, la junte ne résout aucun des problèmes structurels du Burkina Faso. Elle s’offre un répit politique en désignant un bouc émissaire commode, mais laisse le pays plus isolé, plus pauvre et plus vulnérable que jamais. Le populisme peut remplir les réseaux sociaux, il n’a encore jamais permis de gagner une guerre contre le terrorisme ni de nourrir une population.







