Par-delà les affaires de corruption et de détournement de fonds publics, la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) s’attaque désormais aux crimes environnementaux. Le procureur spécial Alphonse Charles Wright a annoncé l’ouverture d’une vaste enquête visant un présumé réseau de destruction écologique et de spéculation foncière illégale.
La lutte contre l’impunité économique en Guinée prend un nouveau tournant. Jeudi 2 juillet, le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « atteinte grave et massive à l’environnement et à la santé publique ».
Cette procédure marque une évolution notable dans les priorités de la juridiction anti-corruption, jusqu’ici principalement connue pour ses poursuites dans des dossiers de détournement de deniers publics, d’enrichissement illicite et de mauvaise gestion des ressources de l’État.
Un vaste réseau dans le viseur
Selon le parquet spécial, les investigations visent un réseau présumé impliqué dans des activités de destruction écologique et de spéculation foncière illégale au sein du Grand Conakry ainsi que dans plusieurs préfectures environnantes.
Si les contours exacts du dossier restent encore à préciser, cette annonce intervient dans un contexte de fortes préoccupations liées à l’occupation anarchique des espaces publics, aux lotissements irréguliers, à la disparition progressive de zones humides et à l’exploitation non contrôlée de certaines ressources naturelles autour de la capitale guinéenne.
Les autorités judiciaires entendent notamment déterminer les responsabilités des différents acteurs susceptibles d’être impliqués dans ces pratiques, qu’il s’agisse de promoteurs fonciers, d’intermédiaires ou de responsables administratifs.
Une question de santé publique
En qualifiant les faits d’« atteinte grave et massive à l’environnement et à la santé publique », le parquet met en avant les conséquences directes que peuvent avoir certaines dégradations environnementales sur les populations.
L’urbanisation rapide de Conakry, associée à un déficit chronique de planification urbaine, a contribué ces dernières années à l’occupation de zones à risque, à la multiplication des constructions dans des espaces protégés ainsi qu’à une pression croissante sur les écosystèmes. Des phénomènes qui aggravent notamment les risques d’inondation, d’insalubrité et de dégradation du cadre de vie.
Un élargissement du mandat de la CRIEF
Cette initiative témoigne également de la volonté des autorités de faire reconnaître les crimes environnementaux comme des infractions économiques à part entière. En s’emparant de ce dossier, la CRIEF élargit de facto son champ d’intervention au-delà des seuls crimes financiers classiques.
Depuis sa création, la Cour s’est imposée comme l’un des principaux instruments judiciaires de la transition guinéenne dans la lutte contre la corruption. Avec cette nouvelle enquête, elle cherche désormais à démontrer que les atteintes à l’environnement peuvent elles aussi générer d’importants préjudices économiques et sociaux pour l’État et les citoyens.
Reste à savoir jusqu’où les investigations permettront de remonter dans les chaînes de responsabilité. Une question qui sera scrutée de près par les organisations environnementales et la société civile, alors que les enjeux fonciers figurent parmi les sources récurrentes de tensions en Guinée.







