L’aéroport Diori Hamani de Niamey a subi deux attaques djihadistes en moins de six mois. La dernière attaquedu 18 juin 2026 a été revendiquée par les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim).
Selon le ministère nigérien de la Défense, onze soldats, deux civils et 22 assaillants ont été tués dans l’attaquede l’aéroport de Niamey, imputée à des djihadistes, ce matin. Éric Topona.
Après les attaques massives dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026 contre la base militaire logée à l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, lesquelles auront suscité de vives inquiétudes au sein de l’opinion nationale nigérienne et internationale, on croyait « la situation sous contrôle » et sur la longue durée. Cet assaut terroriste contre cette installation militaire des plus névralgiques des forces armées nigériennes, aura été d’autant plus préoccupante que dans cette base militaire supposée ultra-protégée, auraient été stockées de grandes quantités d’uranium par les autorités du Niger, depuis le différend qui les oppose toujours au concessionnaire français Orano, longtemps détenteur d’un permis d’exploitation d’uranium dans ce pays.
Une attaque meurtrière…
Les attaques toutes récentes du 18 juin 2026, toujours contre l’aéroport de Niamey, auront été tout aussi violentes, et à l’heure du bilan bien plus meurtrières. Selon le communiqué du gouvernement nigérien, 22 terroristes auraient été tués ; du côté nigérien,11 militaires auraient été tués, ainsi que 2 civils. À l’unanimité, la communauté internationale a vivement condamné ces attaques, notamment l’Union africaine, l’Union européenne, les Etats-Unis, ainsi que le Bénin voisin dont le chef de l’État récemment élu vient d’effectuer une visite à Niamey.
… et la France indexée
Du côté des autorités de Niamey, c’est toujours la même rengaine, voire la même antienne. À peine le retour à la normale obtenu, le gouvernement d’Abdourahamane Tiani, sans aucune enquête préalable, a nommément accusé la France comme étant l’instigatrice, le donneur d’ordre, la main noire derrière cette tentative de déstabilisation des institutions nigériennes et ceux qui les incarnent. En d’autres temps, cette accusation devenue récurrente et lassante pour les populations, contre l’ancienne métropole coloniale qui a pourtant accédé à la demande pressante de la junte militaire au pouvoir de recouvrer sa « souveraineté » en fermant la base militaire française au Niger, résonne aujourd’hui comme un disque rayé. De manière systématique, la junte nigérienne attribue à la France, et quelquefois à certains États membres de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) réputés pour leur proximité avec Paris, ses défaites sécuritaires sans précédent au Niger.
Absence de reddition des comptes
Toutefois, à l’heure de la diversification et de la massification des moyens de communication, il devient de plus en plus intenable pour la junte au pouvoir de s’absoudre d’une indispensable reddition des comptes, d’un bilan objectif de ses états de service en trois années de pouvoir. Notamment sur le front de la protection des biens et des personnes, comme de la reconquête de l’intégrité territoriale du pays.
En effet, force est de constater que les militaires au pouvoir au Niger, se rendent à l’évidence que les promesses faites sur ce terrain aux Nigériens, à l’entame d’une transition qu’ils ont mué de manière grotesque et antidémocratique en pouvoir perpétuel, n’ont jamais été tenues. Il ne le seront probablement jamais tant qu’ils seront aux affaires et avec une gouvernance aussi calamiteuse. À l’instar des modèles en vigueur dans les deux autres États de l’AES, le Burkina Faso et le Mali.
Des questions…
Toutefois, cette fuite en avant n’empêche guère de questionner ce bilan au regard de cette actualité sécuritaire récente et des autres innombrables échecs qu’il serait fastidieux d’énumérer dans ces lignes. Qu’en est-il de la coopération militaire entre le Niger et la Russie lorsqu’à moins de six mois d’intervalles, et après des dépenses faramineuses en armement et en conseil stratégique et en renseignement prévisionnel, ce pays subit sur un même lieu de souveraineté, des attaques terroristes?
Qu’en est-il de cette fameuse force militaire de plusieurs milliers d’hommes de l’Alliance des États du Sahel ? Elle aura brillé par son absence dans les moments graves et de fortes menaces existentielles où les peuples de l’AES étaient curieux et avides de la voir en action. On peut citer le blocus du JNIM autour des grandes villes du Mali et la récente attaque (fin avril 2026) contre les Forces armées maliennes (FAMA) qui aura causé de lourdes pertes en hommes et en matériel au sein du haut commandement militaire. Sans oublier les deux attaques contre l’aéroport international de Niamey ; les attaques récurrentes contre Ouagadougou où est annoncé quasiment tous les trimestres une tentative de coup d’Etat qui aurait été « neutralisée ».
Des lendemains sombres
La récente visite du général d’armée Abdourahamane Tiani en Turquie, et la visite de l’émissaire américain chargé du Sahel pour le Département d’État américain, Nick Checker, en fin d’année 2025, sont des indices qui prouvent à suffisance qu’à l’épreuve du réel, nous sommes bien éloignés des lendemains qui chantent.
Les « ennemis de l’intérieur »
Mais la recherche systématique du bouc-émissaire n’est pas seulement dirigée contre la France. Elle cible aussi ceux-là que ces pouvoirs pourtant illégitimes désignent comme les « ennemis de l’intérieur », les forces politiques alternatives ou les acteurs les plus en vue de la société civile. L’exemple le plus récent et qui suscite une profonde sidération bien au-delà des frontières du Niger, c’est la déchéance « provisoire » de nationalité prononcée à l’encontre de la jeune militante démocrate Mariama Djibrine, alias Mayra pour atteinte à la « sécurité nationale » et à « l’ordre public » au Niger. Son péché capital c’est d’avoir été portée le 9 avril 2026 à Bruxelles à la présidence de l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS). Ce mouvement non-violent a été créé dansle but de résister aux dictaturesmilitaires, de réclamer le rétablissementde l’ordre constitutionnel et de préserver les libertés citoyennes dansces pays.
Malheureusement pour le peuple nigérien, cette rhétorique répressive et cette gesticulation médiatique ne le mettront pas à l’abri de la peur et du besoin.







