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SÉNÉGAL : DETTE CACHÉE, DETTE NON DÉCLARÉE, DETTE ODIEUSE : QUE FAUT-IL RETENIR ?

Papegent de Papegent
19 juin 2026
dans À la une, Sénégal
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Au Sénégal, les femmes veulent aussi le fauteuil présidentiel
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Le débat sur la dette publique sénégalaise a donné lieu à l’utilisation de plusieurs expressions — dette cachée, dette non déclarée, fausses déclarations statistiques (misreporting) ou encore dette odieuse — qui ne recouvrent pas les mêmes réalités.

Les trois premières renvoient globalement au même phénomène : l’existence d’engagements financiers qui n’ont pas été correctement enregistrés ou déclarés dans les statistiques officielles. La notion de dette odieuse, en revanche, relève d’une problématique différente, davantage juridique et politique.

Ce qu’a constaté la Cour des comptes

La Cour des comptes n’utilise pas systématiquement l’expression « dette cachée ». Dans son rapport d’audit publié en 2025, elle met en évidence des emprunts et engagements financiers qui n’avaient pas été correctement retracés dans les statistiques officielles de l’État.

Elle relève notamment :

une sous-évaluation importante du déficit budgétaire ;
des emprunts contractés hors des circuits budgétaires habituels ;
des engagements financiers non intégrés dans les chiffres officiels ;
un niveau de dette publique supérieur à celui officiellement annoncé.
Selon la Cour des comptes, la dette publique représentait 99,67 % du PIB à fin 2023, contre 74,4 % du PIB dans les statistiques officielles antérieures.

L’écart est donc d’environ 25 points de PIB, soit plusieurs milliers de milliards de FCFA d’engagements non retracés dans les statistiques officielles.

Le FMI parle explicitement de « dette cachée »

Le FMI est allé plus loin en utilisant explicitement la notion de « dette cachée » (hidden debt).

En mars 2025, le chef de mission du FMI pour le Sénégal, Edward Gemayel, a confirmé l’existence d’environ 7 milliards de dollars de dette non déclarée, soit près de 4 200 à 4 500 milliards de FCFA, accumulée entre 2019 et 2024. Cette estimation confirme largement les conclusions de la Cour des comptes.

Le FMI a également indiqué que :

les données budgétaires et de dette communiquées auparavant étaient erronées ;
de graves lacunes existaient dans le contrôle budgétaire ;
la dette du secteur public et parapublic devait être réévaluée à des niveaux plus élevés que ceux précédemment publiés.
Cette position a été confirmée par la Directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva :

« Je veux commencer par donner tout le crédit aux autorités sénégalaises pour avoir mis à découvert un problème majeur de fausses déclarations. Il y avait une dette cachée et ils l’ont mise en lumière. » Source : Transcription officielle du FMI – Assemblées annuelles 2025

Cette déclaration montre que l’expression « dette cachée » est utilisée officiellement par le FMI.

Dette cachée et dette odieuse : deux réalités différentes

Contrairement à la dette cachée, à la dette non déclarée ou au misreporting, qui renvoient à un problème de transparence et de gouvernance budgétaire, la dette odieuse renvoie à une question de légitimité de la dette.

Une dette peut être cachée sans être odieuse. La découverte d’une dette non déclarée ne conduit donc pas automatiquement à la qualifier de dette odieuse.

À ce jour, ni la Cour des comptes ni le FMI n’ont qualifié la dette concernée de dette odieuse.

Par ailleurs, aucun des rapports publiés à ce jour ne conclut à l’existence d’un système de détournement de deniers publics à l’origine de l’endettement constaté. Les institutions mettent principalement en évidence des problèmes de gouvernance budgétaire, de transparence et de comptabilisation des engagements financiers.

Les audits ont révélé des pratiques ayant conduit à une sous-estimation du déficit budgétaire et de la dette publique ainsi qu’à un dépassement significatif du seuil communautaire de 70 % du PIB retenu par l’UEMOA. Toutefois, les ressources mobilisées ont financé des investissements publics dont les réalisations sont visibles et largement documentées : le Train Express Régional (TER), le Bus Rapid Transit Dakar (BRT), le Programme d’Urgence de Développement Communautaire, les autoponts, les autoroutes et de nombreuses infrastructures économiques et sociales.

Le débat mis en évidence par la Cour des comptes et le FMI porte donc essentiellement sur la sincérité des comptes publics, la qualité de l’information financière et le respect des procédures budgétaires. Il ne porte pas, à ce stade, sur l’existence d’emprunts contractés contre l’intérêt général.

C’est pourquoi la qualification de dette odieuse apparaît difficilement recevable au regard des éléments actuellement disponibles.

Mon appréciation d’économiste

D’un point de vue économique, les expressions dette cachée, dette non déclarée et misreporting décrivent fondamentalement la même réalité : celle d’engagements financiers qui existaient juridiquement mais qui n’étaient pas correctement retracés dans les statistiques officielles.

La différence est davantage une question de vocabulaire que de substance. La Cour des comptes privilégie une approche technique, tandis que le FMI utilise l’expression plus directe de « dette cachée » et évoque un problème de fausses déclarations statistiques.

En revanche, la notion de dette odieuse relève d’un autre registre. Elle suppose de démontrer que les emprunts ont été contractés contre les intérêts de la population et sans bénéfice pour celle-ci. Les éléments établis à ce jour par la Cour des comptes et le FMI ne permettent pas de parvenir à une telle conclusion.

Pr Amath NDIAYE
FASEG-UCAD

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