Plusieurs responsables et militants de l’opposition ont été blessés vendredi à Kinshasa lors d’une manifestation contre un projet de révision de la Constitution, que ses détracteurs accusent de pouvoir ouvrir la voie à un troisième mandat du président Félix Tshisekedi. Le rassemblement, organisé à l’appel de la coalition d’opposition C64, a été dispersé par la police après des heurts avec des militants favorables au pouvoir.
Réunis devant le Parlement, les manifestants entendaient dénoncer une proposition de loi actuellement examinée par l’Assemblée nationale. Selon ses promoteurs, le texte vise à permettre la révision de certaines dispositions constitutionnelles en cas de « dysfonctionnement majeur » des institutions. Pour l’opposition, cette initiative remet en cause des principes fondamentaux de la Constitution, notamment la limitation du nombre de mandats présidentiels.
Les tensions ont rapidement dégénéré. Des affrontements ont opposé militants de l’opposition et partisans du pouvoir avant l’intervention des forces de l’ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser le rassemblement.
Parmi les personnes blessées figurent Martin Fayulu, l’une des principales figures de l’opposition congolaise, ainsi que Prince Epenge, porte-parole de la coalition Lamuka. Plusieurs militants ont également été touchés lors des violences. Certains se sont ensuite réfugiés au siège de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé), le parti de Martin Fayulu.
L’opposant a accusé les Forces du progrès, mouvement de jeunesse proche de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel, d’avoir participé aux violences aux côtés de la police. Des accusations qui n’ont pas été commentées dans l’immédiat par les autorités.
Une bataille politique autour de la Constitution
Au cœur de la contestation se trouve la question de l’avenir institutionnel du pays. La Constitution congolaise prévoit que le président de la République ne peut exercer plus de deux mandats et considère cette disposition comme non révisable.
Élu en 2018 puis réélu en 2023, Félix Tshisekedi doit en principe achever son second mandat en 2028. Ces derniers mois, plusieurs responsables de sa majorité ont toutefois plaidé en faveur d’une réforme constitutionnelle. Le chef de l’État lui-même a déclaré qu’il accepterait un troisième mandat si les Congolais en exprimaient la volonté à travers un référendum.
Face à cette perspective, la coalition C64, créée récemment par plusieurs partis d’opposition, multiplie les initiatives pour empêcher toute modification de la loi fondamentale. Elle estime qu’un changement de Constitution constituerait une menace pour la stabilité politique du pays.
Cette montée des tensions intervient alors que la RDC fait face à une situation sécuritaire toujours préoccupante dans l’est du pays, où les rebelles du M23, soutenus selon Kinshasa par le Rwanda, contrôlent plusieurs localités stratégiques malgré les efforts diplomatiques engagés ces derniers mois.







