Par un arrêté ministériel publié le 5 juin 2026, la junte militaire au pouvoir à Bamako a franchi un nouveau cap dans sa stratégie contre l’insécurité.
En transformant près d’une quarantaine de forêts à travers tout le territoire national en « zones d’intérêt militaire » strictement interdites d’accès, le gouvernement prévient : tout civil s’y aventurant sera d’office « traité comme une cible ».
Cette mesure radicale, signée conjointement par six ministères, révèle les impasses opérationnelles d’un régime qui, malgré ses alliances de revers et sa rhétorique souverainiste, peine à restaurer l’intégrité du territoire face à la poussée des groupes jihadistes.
Une politique de la terre brûlée institutionnalisée
En déclarant ces espaces géographiques comme de fait « zones de guerre », Bamako institutionnalise un choix lourd de conséquences pour les populations locales. Les forêts concernées (allant du nord au sud, de l’est à l’ouest) servent historiquement de zones de subsistance, de pâturage pour les éleveurs nomades ou de transit pour les civils.
L’analogie tragique avec le principe de la cible légitime transforme instantanément toute présence humaine non militaire en dommage collatéral planifié. Cette approche témoigne d’une impuissance de l’armée malienne (FAMa) à mener des opérations de contre-insurrection chirurgicales : faute de pouvoir distinguer le combattant du civil au sein des massifs forestiers, les autorités choisissent de vider ces espaces par la terreur légale.
Le cas du Wagadou : Le piège de l’isolement diplomatique
L’exemple de la forêt du Wagadou, mentionné par RFI, résume parfaitement les limites géopolitiques de la junte. Vaste étendue de 80 kilomètres de long sur 40 de large, ce bastion jihadiste historique chevauche la frontière entre le Mali et la Mauritanie.
L’efficacité d’une telle interdiction repose entièrement sur une coordination transfrontalière étanche. Or, Bamako se trouve aujourd’hui dans une impasse diplomatique majeure :
Les autorités maliennes imputent régulièrement leurs échecs à la porosité de la frontière mauritanienne, accusant Nouakchott de passivité — des allégations fermement rejetées par la Mauritanie.
En l’absence de patrouilles mixtes ou de droit de suite militaire négocié avec ses voisins en dehors de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali risque simplement de pousser les combattants de l’autre côté de la ligne de démarcation, sans détruire leurs capacités de nuisance.
En annonçant le déploiement prochain d’un « nouveau dispositif de défense » pour quadriller ces quarante zones, la junte tente de projeter une image de contrôle et de reprise en main. Pourtant, la réalité opérationnelle suggère le contraire. Cette sanctuarisation par le vide s’apparente davantage à un aveu d’échec : incapable de sécuriser ces milieux complexes par le contrôle permanent, l’État malien choisit de s’en couper totalement, au détriment des droits et de la survie économique des populations rurales qu’il est censé protéger.







