Le ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des Territoires, Moussa Bala Fofana, a annoncé jeudi sa démission de PASTEF-Les Patriotes tout en conservant ses fonctions au sein du gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye.
Cette décision, rendue publique dans un communiqué largement diffusé, intervient dans un contexte de tensions politiques au sein de la majorité issue de la victoire de 2024. Elle marque une prise de distance assumée avec la ligne défendue par le président de PASTEF, Ousmane Sonko, tout en réaffirmant sa volonté de poursuivre l’action gouvernementale.
Dès les premières lignes de son texte, le ministre exprime sa gratitude au chef de l’État pour la confiance renouvelée à son endroit. Reconduit pour la troisième fois dans ses fonctions, il insiste sur la qualité de sa collaboration avec le président Bassirou Diomaye Faye, affirmant que leurs échanges ont toujours porté sur les dossiers relevant de son département ministériel.
« Je jure au nom d’Allah que jamais le Président de la République ne m’a parlé de projet politique », écrit-il, dans une déclaration qui semble répondre aux spéculations ayant accompagné la formation du nouveau gouvernement.
Le ministre a également tenu à adresser un message à Ousmane Sonko. Malgré les divergences apparues ces derniers jours, il le présente comme un « grand frère » et un « compagnon de lutte », rappelant les combats politiques menés ensemble et les liens construits au fil des années.
Un choix assumé au nom de sa conscience
Le cœur du communiqué réside toutefois dans la justification de sa décision de rester au gouvernement malgré les réserves exprimées par la direction de PASTEF.
Dans une déclaration prononcée le 2 juin dernier, Ousmane Sonko avait indiqué que certains ministres reconduits avaient choisi de ne pas se conformer aux orientations du parti. Sans détour, Moussa Bala Fofana reconnaît être concerné par cette critique.
« Oui, j’ai agi en toute liberté et à titre personnel », affirme-t-il.
Selon lui, sa décision n’est ni le fruit d’une ambition politique ni d’une volonté de conserver un poste ministériel. Il soutient avoir privilégié la poursuite des engagements pris devant les Sénégalais plutôt qu’une logique partisane.
Le ministre affirme avoir pleinement conscience du coût politique de ce choix. Il évoque la perte d’une famille politique, l’éloignement de compagnons de lutte et les critiques auxquelles il s’expose. Mais il considère que les exigences de l’intérêt national doivent primer sur les considérations partisanes.
« Le Sénégal est plus grand que chacun d’entre nous », écrit-il.
Des chantiers qu’il refuse d’abandonner
Pour expliquer sa position, Moussa Bala Fofana met en avant les nombreux projets engagés depuis son arrivée à la tête du ministère.
Il cite notamment les programmes de logements de Mbour 4 et de la Nouvelle Ville de Thiès, les réformes liées à la décentralisation, la modernisation de l’état civil, la mise en œuvre de la fonction publique locale, le relogement des populations de la Langue de Barbarie ou encore les initiatives destinées à améliorer la gestion foncière et l’aménagement du territoire.
À l’en croire, ces réformes ont atteint un stade où leur interruption risquerait de compromettre les résultats attendus.
« Les bases ont été posées. Les réformes sont engagées. Les outils sont en place. Les projets sont prêts à être lancés », soutient-il.
Cette volonté d’assurer la continuité des politiques publiques apparaît comme l’un des principaux arguments avancés pour justifier son maintien au sein de l’exécutif.
Une démission pour « cohérence »
Estimant que son choix de rester au gouvernement ne pouvait être concilié avec son appartenance à PASTEF, Moussa Bala Fofana annonce en conséquence sa démission du parti.
Une décision qu’il présente comme un acte de cohérence politique plutôt qu’une rupture conflictuelle.
Le ministre affirme quitter la formation politique « sans rancœur, sans amertume » et exprime sa gratitude envers Ousmane Sonko ainsi qu’à l’ensemble des militants avec lesquels il dit avoir partagé des années de combat.
« Un patriote peut bien démissionner d’un parti, mais jamais de la Patrie », écrit-il.
Dans le même esprit d’apaisement, il demande pardon à tous ceux qu’il aurait pu offenser et assure accorder le sien à ceux qui ont pu le blesser.
Un signal politique fort
Au-delà du parcours personnel de Moussa Bala Fofana, cette démission constitue un nouvel épisode des réajustements observés au sein de la majorité arrivée au pouvoir en 2024.
En choisissant de conserver son portefeuille ministériel tout en quittant le parti qui l’a porté sur la scène politique nationale, le ministre acte publiquement une divergence avec la direction de PASTEF. Dans le même temps, il réaffirme sa loyauté envers les institutions de la République et sa volonté de poursuivre sa mission gouvernementale.
Cette prise de position, formulée dans un ton mesuré et sans attaque directe contre les responsables de son ancien parti, confirme néanmoins l’existence de lignes de fracture qui traversent aujourd’hui la majorité sénégalaise.







