Le Sénégal vient de vivre l’un des tournants politiques les plus marquants depuis l’alternance de 2024. Le président Bassirou Diomaye Faye a mis fin, ce vendredi, aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, mettant brutalement un terme à une alliance politique qui avait pourtant porté l’opposition au pouvoir il y a un peu plus de deux ans.
La décision présidentielle intervient au terme de plusieurs mois de tensions de plus en plus visibles entre les deux hommes, longtemps présentés comme inséparables sur la scène politique sénégalaise.
Quelques heures avant son limogeage, Ousmane Sonko s’était exprimé devant les députés lors d’une séance particulièrement suivie à l’Assemblée nationale. Dans un discours au ton inhabituellement direct, il avait laissé apparaître publiquement ses désaccords avec le chef de l’État.
« Le Président a fait une erreur », avait-il notamment déclaré à la tribune, avant d’assumer sa volonté de diriger « sans demander la permission ».
Des propos qui ont rapidement alimenté les spéculations sur une rupture désormais impossible à masquer.
Depuis plusieurs mois déjà, des signes de refroidissement apparaissaient au sommet de l’État. Derrière l’image d’un tandem soudé, les divergences sur l’exercice du pouvoir, la gestion gouvernementale et les équilibres institutionnels semblaient se multiplier.
Dans les cercles politiques dakarois, beaucoup évoquaient une relation devenue de plus en plus complexe entre un président cherchant à affirmer son autorité et un Premier ministre resté extrêmement influent au sein du Pastef et auprès d’une partie de la base militante.
L’annonce du départ de Sonko marque un contraste saisissant avec l’élan populaire qui avait accompagné la présidentielle de 2024. À l’époque, le slogan « Diomaye mooy Sonko » symbolisait une fusion politique presque totale entre les deux hommes, après des années de combat commun contre le régime de Macky Sall.
Mais une fois au pouvoir, la réalité de l’exercice de l’État a progressivement révélé des lignes de fracture. Entre rivalités d’influence, divergences stratégiques et compétition implicite pour le leadership politique, les relations se sont tendues au fil des mois.
Nommé Premier ministre le 2 avril 2024, au lendemain de l’investiture de Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko quitte donc la primature après un peu plus de deux ans à la tête du gouvernement.
Son départ ouvre désormais une période d’incertitude politique au Sénégal, tant l’ancien opposant conserve une forte capacité de mobilisation et une influence majeure au sein du pouvoir et de la jeunesse sénégalaise.






