Le vent de l’histoire devait tout emporter sur son passage : la souveraineté retrouvée, le rejet de l’impérialisme occidental et la promesse d’une sécurité mutuelle bétonnée par le pacte de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Pourtant, à peine quelques mois après sa création en grande pompe, la séduisante vitrine de la confédération sahélienne commence déjà à se fissurer. Face à la résurgence dramatique des attaques djihadistes et indépendantistes qui ébranlent le Mali, la solidarité affichée par les juntes de Ouagadougou et de Niamey ressemble furieusement à une déserte pure et simple.
Des textes sacrés à la désertion du terrain
La Charte de l’AES proclamait solennellement un « devoir d’assistance et de secours » indéfectible face aux agressions extérieures ou internes. Mais sur le terrain de la réalité, les beaux discours constitutionnels ne durent que le temps d’un communiqué officiel.
Fin avril, lorsque le régime malien d’Assimi Goïta s’est retrouvé acculé par une offensive d’une violence inouïe au cœur de son territoire, marquée par la perte tragique du général Sadio Camara, le Burkina Faso et le Niger ont brillé … par leur absence. Pas un seul soldat, aucun appui logistique d’envergure n’a franchi les frontières pour prêter main-forte au « frère » malien en détresse.
Le théâtre des larmes pour masquer l’inaction
Pour masquer cette inaction politique et militaire, les dirigeants de l’Alliance orchestrent des mises en scène théâtrales. À Bamako, lors des hommages funèbres nationaux, le ministre burkinabé de la Défense, le général Célestin Simporé, s’est fendu d’une diatribe aux accents vengeurs et patriotiques.
Cette rhétorique enflammée et ces postures martiales peinent pourtant à dissimuler l’embarras d’une coalition incapable de joindre le geste à la parole. Les larmes de crocodile versées sur les cercueils des hauts gradés ne remplacent pas les troupes de couverture qui manquent cruellement sur les lignes de front.
Le piège de l’égoïsme de survie
Ce silence opérationnel met en lumière le péché originel de cette Alliance : une vulnérabilité mutuelle partagée que l’on a tenté de travestir en bouclier régional. Comment Ibrahim Traoré au Burkina Faso ou d’Abdourahamane Tiani au Niger pourraient-ils décemment dépouiller leurs propres lignes de front, déjà exsangues et harcelées par les groupes terroristes, pour sauver un voisin malien dont la stratégie sécuritaire semble s’effondrer ? L’égoïsme de survie nationale l’a logiquement emporté sur le panafricanisme de tribune.
Un géant de papier face au chaos sahélien
En choisissant de rompre les ponts avec la CEDEAO et les partenaires internationaux traditionnels pour se jeter dans les bras de promesses mercenaires ou de coopérations théoriques, les régimes de l’AES se retrouvent piégés dans leur propre dogmatisme.
La crise malienne agit comme un puissant révélateur de vérité : l’AES n’est pour l’instant qu’un pacte de survie politique pour des régimes putschistes, un syndicat de défense mutuelle des palais présidentiels, mais un géant de papier lorsqu’il s’agit de sécuriser le Sahel. À force de brandir la souveraineté comme unique programme géopolitique, l’Alliance démontre surtout sa profonde solitude face au chaos.







