Sous couvert de rupture patriotique et d’alignement avec ses voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES), le pouvoir militaire burkinabè a officiellement abandonné les oripeaux de la « transition » pour imposer une « Révolution progressiste populaire ». Une réécriture institutionnelle qui sonne le glas de l’autodétermination démocratique des citoyens.
Un changement de sémantique loin d’être anodin
Ce que les autorités de Ouagadougou qualifient d’« évolution historique » ressemble fort à un verrouillage politique définitif. L’Assemblée législative de Transition (ALT) a entériné à l’unanimité le passage de la Charte de la Transition à la « Charte de la Révolution progressiste populaire ». Le capitaine Ibrahim Traoré l’a lui-même formulé sans fard : « Nous ne sommes pas dans une démocratie […] nous sommes bien en Révolution. » Ce glissement lexical n’est pas qu’une simple coquetterie idéologique calquée sur l’ère Thomas Sankara. En troquant le terme de « Transition » – qui implique par définition un état provisoire menant vers un retour à l’ordre constitutionnel – contre celui de « Révolution », le régime s’affranchit du temps. La révolution devient un horizon permanent, un chèque en blanc temporel justifiant le maintien indéfini des militaires au pouvoir.
Le mirage de la souveraineté populaire
Le discours officiel, relayé à travers le « Manifeste de la RPP », se veut séduisant : transformer profondément la société, assurer la sécurité en comptant sur ses propres forces, et bâtir un modèle inclusif aux côtés du Mali et du Niger au sein de la Confédération de l’AES.
Pourtant, cette proclamation d’une souveraineté « populaire » se heurte à une contradiction majeure. Comme le soulignent à juste titre plusieurs politologues et observateurs indépendants au micro de la Deutsche Welle, cette charte marque en réalité une négation flagrante de la démocratie. La véritable souveraineté d’un peuple réside dans sa capacité à choisir librement ses dirigeants, à contrôler l’action publique et à sanctionner le pouvoir par les urnes. Or, en sacralisant la Révolution et en rendant d’ores et déjà le président de la Transition éligible aux futures échéances électorales (dont la date reste d’ailleurs un mystère complet), le régime confisque ce droit d’autodétermination.
L’AES : Un bloc homogène du rejet institutionnel
Cette trajectoire burkinabè s’inscrit parfaitement dans la doctrine de l’AES. En rupture de ban avec la CEDEAO et les partenaires occidentaux, Ouagadougou, Bamako et Niamey théorisent une nouvelle gouvernance où la légitimité ne découle plus du vote, mais de la posture anti-impérialiste et de la guerre contre le terrorisme.
Mais à force de substituer le narratif sécuritaire et la ferveur nationaliste aux mécanismes de contrôle démocratique, le Burkina Faso s’enfonce dans une gouvernance de l’arbitraire. Le consensus forcé au sein d’une Assemblée de transition totalement acquise à la cause du chef de l’État ne saurait masquer l’étouffement progressif des voix dissidentes, de la presse indépendante et de l’opposition politique.







