Pendant des décennies, le café africain a quitté le continent brut, avant d’être transformé, emballé et revendu ailleurs à des prix multipliés. À Marrakech, plusieurs pays africains ont tenté cette semaine de changer cette logique historique.
Réunis les 5 et 6 mai dans la ville marocaine, ministres, investisseurs, institutions financières et opérateurs privés ont lancé un vaste programme régional destiné à restructurer la filière café africaine. Derrière les discours diplomatiques, l’enjeu est concret : permettre aux pays producteurs de récupérer une part plus importante des revenus générés par l’un des produits agricoles les plus consommés au monde.
Aujourd’hui, l’Afrique produit près de 15 % du café mondial, mais capte une part infime de la valeur finale du marché. Dans plusieurs régions rurales du continent, des producteurs vivent encore difficilement malgré des récoltes exportées vers l’Europe ou l’Amérique du Nord. Une tasse vendue quelques dollars dans une grande capitale occidentale rapporte souvent seulement quelques centimes au cultivateur africain.
C’est ce déséquilibre que le projet porté par la plateforme African Coffee Hub veut corriger.
Le programme prévoit notamment la transformation locale du café, l’amélioration des standards de qualité, la traçabilité des produits, mais aussi un meilleur accès des producteurs africains aux marchés internationaux. L’objectif affiché est de limiter les intermédiaires et d’organiser depuis l’Afrique une partie de la chaîne de valeur jusque-là contrôlée à l’extérieur du continent.
Huit pays africains ont pris part aux discussions, parmi lesquels la Guinée, la Sierra Leone, Madagascar, l’Ouganda, le Togo, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Maroc. Plusieurs accords de coopération ont été signés à l’issue du forum.
Le Nigeria a également annoncé un engagement majeur à travers la société AGARA, avec un projet de centre africain de recherche sur le café. Ce futur centre, soutenu par des partenaires financiers internationaux, devrait servir à développer la recherche, améliorer les rendements agricoles et accompagner les producteurs face aux effets du changement climatique.
Le Maroc, bien qu’il ne soit pas un pays producteur de café, veut jouer un rôle stratégique dans cette nouvelle organisation continentale. Grâce notamment à la plateforme portuaire de Tanger Med, le royaume ambitionne de devenir une base logistique pour l’exportation et la standardisation du café africain.
Derrière cette initiative économique se dessine aussi une bataille plus large : celle de la souveraineté économique africaine. Pour plusieurs participants, il ne s’agit plus seulement de produire des matières premières, mais de transformer localement, créer des emplois et contrôler davantage les revenus issus des ressources africaines.
Dans les plantations du continent, où des millions de familles dépendent encore du café pour survivre, beaucoup espèrent désormais que cette nouvelle dynamique ne restera pas un simple projet de sommet, mais qu’elle finira par améliorer concrètement les conditions de vie des producteurs.







