Amnesty International a appelé jeudi les autorités militaires du Burkina Faso à revenir « immédiatement » sur la dissolution de 118 associations, parmi lesquelles figurent de nombreuses organisations engagées dans la défense des droits humains.
La veille, le ministre de l’Administration territoriale, Émile Zerbo, avait annoncé l’interdiction d’exercer de ces associations sur l’ensemble du territoire burkinabè, en invoquant des « dispositions légales en vigueur », sans fournir davantage de précisions.
Dans un communiqué publié jeudi, Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel à Amnesty International, s’est dit « alarmé et profondément préoccupé par cette atteinte flagrante au droit à la liberté d’association ».
« Les autorités doivent immédiatement revenir sur cette décision et permettre à ces organisations d’exercer librement leurs activités sans crainte de représailles », a-t-il ajouté.
Le Burkina Faso est dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré depuis son arrivée au pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire en septembre 2022. En juillet 2025, le chef de la junte avait promulgué une loi encadrant la liberté d’association, les ONG et les syndicats.
Dans le sillage de l’adoption de ce texte, les autorités avaient retiré en l’espace d’un mois l’autorisation d’exercer à 21 ONG pour des raisons administratives, selon elles, et suspendu dix autres associations pour une durée de trois mois.
La loi sur les associations réaffirme le principe de la liberté d’association, tout en la subordonnant à de strictes obligations de déclaration, de contrôle administratif et de conformité légale. Elle prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à la dissolution. Selon les autorités, ce cadre vise à renforcer la transparence, établir une cartographie des ONG et lutter contre le blanchiment d’argent ainsi que le financement du « terrorisme ».
Le Burkina Faso est confronté depuis plus d’une décennie aux attaques meurtrières de groupes armés affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique, qui contrôlent de larges portions du territoire. Dans ce contexte, les ONG internationales ou structures bénéficiant de financements étrangers sont régulièrement accusées par les autorités de collusion ou d’espionnage.
Début avril, le capitaine Ibrahim Traoré, qui mène une politique souverainiste et revendique une « révolution progressiste », avait déclaré que les Burkinabè devaient « oublier la démocratie ».







