En Mauritanie, le combat des droits humains se paie au prix fort. Les arrestations arbitraires des défenseurs(euses) des droits humains, des lanceurs(euses) d’alerte, des députés(ées) abolitionnistes, sont récurrentes en république Islamique de Mauritanie. Il s’agit d’une politique de répression systématique contre la communauté Haratine ; des autochtones d’ascendance africaine, qui ploient sous le joug de l’esclavage ancestral arabo-musulman.
L’honorable député Biram Dah Abeid, figure emblématique de la lutte contre l’esclavage en Mauritanie et ses collègues n’échappent pas à cette pratique discriminatoire et ciblée d’un autre temps inconcevable dans un Etat démocratique. Depuis plusieurs mois, B.D. Abeid lauréat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme en 2013 fait l’objet en effet de menaces de mort sans que les auteurs connus et proches du pouvoir, soient poursuivis ou punis par la justice.
Bien au contraire, outre ces menaces inacceptables, l’Etat mauritanien exerce une très grande pression sur la figure de la lutte contre l’esclavage et unique alternative présidentielle pour le pays, et son entourage.
Cette pression se traduit par la multiplication des arrestations arbitraires de dirigeants et militants d’IRA, notamment les députées abolitionnistes Mariem Cheikh et Ghamou Achour dans la nuit du 9 au 10 avril 2026 à Nouakchott. Au total, cinq femmes, dont deux députées, une journaliste et deux lanceuses d’alerte, toutes issues de cette communauté d’esclaves, croupissent dans les geôles mauritaniennes et ce, dans le silence total des missions diplomatiques africaines et occidentales accréditées en Mauritanie.
La députée Mariem, en détention, en compagnie de son bébé de trois mois, subit la torture morale, le mauvais traitement et la privation de visites. La journaliste Warda Ahmed Sleymane, en état de grossesse de quelques mois, moisie en prison préventive pour payer le prix de son indignation suite à l’impunité des pratiques esclavagistes. Lalla Vatma et Rachida Saleck payent leur incarcération qui perdurent par le fait d’avoir alerté sur le forfait inhumain de l’esclavage exerçait sur la petite Nouha. Abdallahi Abou Diop, Elhaj Elid, Mohamed Vadel Aleyat et Bounas Hmaida sont accusés et emprisonnés pour leur rôle de dirigeants actifs au sein de l’IRA (Intiative Résurgence Abolitionniste).
Ces arrestations arbitraires, tortures et campagne de diabolisation, sont accompagnées d’une vindicte raciste très forte sur les réseaux sociaux en Mauritanie. Des blogueurs, « très proches des plus hauts niveaux du pouvoir, appellent à tuer Biram par un coup de poignard ou une balle dans la tête. D’autres traitent les députées Ghamou et Mariem de singes et de bêtes immondes ». Un journaliste proche du pouvoir, écrit sur sa page Facebook : « Warda est une bête qui peut mettre bas en prison, ce n’est pas compliqué pour les esclaves ». Ces arrestations arbitraires inquiètent non seulement les citoyens mauritaniens, mais aussi les défenseurs des droits de l’homme.
Nous, en tant qu’avocats et défenseurs des droits humains, conscients des enjeux et des conséquences tragiques de telles politiques ségrégationnistes et répressives, nous ne pouvons certainement demeurer silencieux et par conséquent, complices par notre inaction.
Nous dénonçons les violations graves aux droits de l’homme qui questionnent l’existence même de l’égalité des hommes, le respect des droits des enfants et des femmes ainsi que la réalité de l’Etat de Droit en Mauritanie.
S’agissant des parlementaires, les arrestations ont eu lieu en l’absence de toute demande préalable de levée de leur immunité. Il s’agit là d’une violation flagrante des textes en vigueur concernant l’immunité parlementaire en Mauritanie.
Ainsi, l’arrestation illégale de la députée Mariem Cheikh Samba Dieng a suscité beaucoup d’émotion : elle a été arrêtée à son domicile avec son bébé de trois (3) mois.
Ces arrestations visent en réalité à intimider et à museler toute voix critique et à empêcher la dénonciation des crimes d’esclavage et le racisme anti-noir systémique en Mauritanie.
Elles constituent au demeurant des violations très graves des conventions et textes internationaux relatifs aux droits humains signés et ratifiés par la Mauritanie, garantissant les droits fondamentaux, la liberté d’expression et de réunion pacifique.
1. Biram Dah Abeid : une cible privilégiée
L’honorable député Biram Dah Abeid, président de l’IRA et lauréat de plusieurs distinctions internationales pour son combat contre l’esclavage, est aujourd’hui la cible de menaces de mort répétées et d’une campagne de stigmatisation orchestrée par les proches du pouvoir.
Depuis décembre 2025, des appels publics à son élimination physique ont été proférés, notamment sur les réseaux sociaux, sans que les autorités ne prennent la moindre mesure pour le protéger ou d’enquêter sur ces affaires
Malgré les plaintes déposées par ses avocats, aucune enquête n’a été ouverte à ce jour, et aucune protection ne lui été accordée.
Cette inaction du pouvoir mauritanien est d’autant plus grave qu’elle s’inscrit dans un contexte de diabolisation raciste et de discours de haine encouragés.
2. L’urgence d’agir
Face à cette situation alarmante, nous, avocats, appelons :
* Les autorités mauritaniennes à cesser immédiatement les arrestations arbitraires et à garantir la sécurité du député Biram Dah Abeid et de tous les militants des droits humains ;
* La communauté internationale, notamment les Nations Unies, L’Union Africaine et l’Union Européenne, à exercer une pression diplomatique pour que cessent ces violations flagrantes inadmissibles des droits humains.
La police et la justice ne doivent en aucun cas être instrumentalisées et transformées en outil de répressions et de tortures et surtout contre ceux qui militent pour l’égalité et le respect des droits de l’homme de l’homme en Mauritanie.
Nous exigeons que la Mauritanie respecte ses engagements internationaux ainsi que les principes moraux et éthiques de la dignité et des droits humains.
Et qu’enfin, une enquête sérieuse soit diligentée pour que la lumière soit faite sur tous les cas de menaces de mort et de violences subies par les militants et les opposants politiques.
Montesquieu disait : « il n’y a point de plus grande injustice que de faire passer pour faute ce qui est l’exercice d’un droit ».
« Que la vérité émerge et que justice soit rendue » !
Signataires de la tribune :
Said LARIFOU, avocat au barreau de MORONI (Comores) ;
Mahamoud SIDIBE, Docteur en droit international et avocat au Barreau de Seine-Saint-Denis (France) ;
Abou Kalidou N’DIAYE, avocat au Barreau de Nouakchott (Mauritanie), SG du Comité INAL en France ;
Boubou BA, Docteur en droit de l’Université Paris10-Nanterre et Membre du centre de recherche CHAD-Université Paris10-Nanterre
Paris le 14 avril 2026







