À Conakry, sur des terrains d’entraînement parfois précaires, une silhouette force le respect. Celle de Maître Ibrahima Sory Diallo, connu de tous sous le nom de “Maître Sorel”. À 65 ans, ceinture noire 5ᵉ dan de taekwondo, il incarne bien plus qu’un parcours sportif : une leçon de vie.
Handicapé moteur, il a fait de ce que beaucoup considèrent comme une limite une véritable force intérieure.
Son histoire remonte aux années 80, à l’université de Conakry. D’abord initié au karaté, il découvre ensuite le taekwondo. Très vite, la passion s’installe. Mais le chemin est loin d’être simple. Son handicap complique l’apprentissage, ralentit certains gestes, impose des efforts supplémentaires.
« Il y avait des techniques que je ne pouvais pas exécuter comme les autres… mais je ne me suis jamais arrêté », confie-t-il.
Là où d’autres auraient abandonné, lui persévère. Année après année, il progresse, franchit les étapes, jusqu’à décrocher la ceinture noire en 1993. Il ira encore plus loin, atteignant le grade de 5ᵉ dan, une performance rare dans un contexte où la discipline en était encore à ses débuts en Guinée.
Mais Maître Sorel ne s’est pas contenté de réussir pour lui-même. Il a choisi de transmettre.
Sur le tatami, il impose une présence, une rigueur, une exigence. Ceux qui l’ont connu combattant parlent d’un homme redoutable, forgé par la discipline mentale autant que physique. Aujourd’hui encore, il enseigne avec la même détermination.
« Je suis fier de ce que j’ai fait, et j’ai encore envie de donner davantage », affirme-t-il.
Son combat, pourtant, ne s’arrête pas aux entraînements. Il doit faire face à un manque criant de moyens : infrastructures insuffisantes, équipements rares, soutien limité. Cela ne l’empêche pas d’avancer. Parfois, il va jusqu’à offrir lui-même des tenues à ses élèves.
Car pour lui, le sport dépasse largement la pratique : c’est un outil d’intégration, notamment pour les personnes en situation de handicap.
À ses côtés, une relève s’affirme : sa fille, Fatima Diallo.
« Je suis née dedans », dit-elle simplement.
Grandir avec un maître comme père, c’est grandir dans la discipline. Aucun traitement de faveur. Elle apprend très tôt l’exigence, la rigueur, le dépassement de soi.
« On devait être des exemples. Même fatiguée, il fallait aller à l’entraînement. »
Aujourd’hui, elle porte à son tour les valeurs du taekwondo. Dans un environnement encore largement masculin, elle s’impose avec assurance.
« Être femme n’est veut pas dire être faible. L’esprit doit être fort. »
À travers elle, l’héritage se prolonge. Mais aussi le combat.
Face aux difficultés du secteur, elle lance un appel clair :
« Le sport fait partie de l’éducation. Un enfant encadré, c’est l’avenir du pays. »
Elle plaide pour des infrastructures adaptées, du matériel, des compétitions, mais aussi une meilleure reconnaissance.
Car derrière le parcours de Maître Sorel, c’est toute une réalité qui se dessine : celle d’un engagement souvent solitaire, mais profondément utile.
À 65 ans, il continue d’enseigner, de transmettre, d’inspirer. Son histoire rappelle une chose essentielle : le handicap ne définit pas une vie.
Sur le tatami comme dans l’existence, Maître Sorel est resté debout. Toujours.







