La crise énergétique provoquée par la guerre au Moyen‑Orient bouleverse les approvisionnements. La plus grande raffinerie d’Afrique, au Nigeria, devient un acteur stratégique pour plusieurs pays du continent.
La méga‑raffinerie du magnat nigérian Aliko Dangote a annoncé dimanche avoir lancé ses premières exportations de carburants vers plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Une étape majeure pour cette infrastructure inaugurée en 2024, qui s’impose comme un pilier énergétique au moment où la guerre au Moyen‑Orient perturbe l’approvisionnement mondial en pétrole.
Selon le communiqué du groupe Dangote, 12 cargaisons totalisant 456.000 tonnes de carburants ont été vendues à la Côte d’Ivoire, au Cameroun, à la Tanzanie, au Ghana et au Togo. Une montée en puissance qui intervient trois semaines après le déclenchement du conflit armé impliquant l’Iran et les alliés israélo‑américains le 28 février, conflit ayant fait flamber les prix du brut sur les marchés internationaux.
Une capacité titanesque qui dépasse la demande du Nigeria
Située à l’est de Lagos, la capitale économique du Nigeria, la raffinerie Dangote possède une capacité de 650.000 barils par jour, ce qui en fait la plus importante installation de raffinage du continent africain. Le groupe affirme désormais dépasser largement la demande intérieure, dans un pays de plus de 230 millions d’habitants, premier producteur de pétrole d’Afrique mais historiquement dépendant des importations de carburants raffinés.
« En approvisionnant les économies voisines et d’autres pays, la raffinerie Dangote devrait contribuer à renforcer la sécurité énergétique en Afrique de l’Ouest, de l’Est et centrale », indique l’entreprise dans son communiqué.
Avant l’entrée en service de cette raffinerie géante en 2024, le Nigeria devait importer presque la totalité des produits pétroliers consommés localement, entraînant des pénuries fréquentes.
Une décision accélérée par la guerre au Moyen‑Orient
Un porte‑parole de la raffinerie a confirmé à l’AFP que l’intensification des exportations était un choix « principalement dicté par la guerre au Moyen‑Orient ». Selon lui, la réduction d’activité de nombreuses raffineries européennes, confrontées à la volatilité du marché, a entraîné une hausse de la demande venue de pays africains.
« Nous avons plus de demandes de la part d’autres pays étant donné que la plupart des raffineries européennes rationalisent leurs activités », a‑t‑il expliqué.
Il ajoute que des États situés en dehors de l’Afrique ont également approché Dangote, « principalement pour du carburant d’aviation », sans dévoiler lesquels.
Des prix de l’essence en hausse record au Nigeria
En parallèle, les consommateurs nigérians subissent de plein fouet les conséquences économiques du conflit. À Lagos, le litre d’essence est passé de 830 naira à plus de 1.300 naira, soit de 0,53 à 0,83 euro. Un record, dans un pays où le carburant coûtait encore 195 naira début 2023.
Face à cette flambée des prix, plusieurs pays africains ont mis en place des subventions pour atténuer l’impact sur les automobilistes. Le Nigeria, de son côté, n’a pour l’instant annoncé aucune mesure en ce sens.
Au début du conflit, Dangote avait assuré vouloir prioriser le marché national afin d’éviter toute nouvelle pénurie. Le groupe reconnaît toutefois ne pas être « immunisé » contre les perturbations liées à la guerre : hausse du prix du brut, des coûts de transport et des assurances maritimes.
Une nouvelle ère énergétique pour l’Afrique ?
L’entrée en scène de la raffinerie Dangote redessine le paysage énergétique africain. En devenant exportateur net de carburants, le Nigeria s’inscrit désormais comme un acteur majeur du raffinage sur le continent. Cette évolution pourrait réduire la dépendance africaine aux importations venues d’Europe, particulièrement vulnérables en période de crise internationale.
Pour les pays voisins, cette nouvelle source d’approvisionnement à proximité géographique pourrait également contribuer à stabiliser les stocks, réduire les coûts logistiques et sécuriser leurs économies face aux turbulences géopolitiques.
La raffinerie Dangote pourrait ainsi s’imposer comme un nouvel amortisseur régional, même si les répercussions économiques du conflit au Moyen‑Orient, elles, continuent d’être ressenties par les populations.







