En Gambie, le débat autour des mutilations génitales féminines (MGF) refait surface alors que leur interdiction, en vigueur depuis 2015, pourrait être remise en cause. Malgré la loi, la pratique reste très répandue : en 2020, 73 % des femmes et jeunes filles de 15 à 49 ans avaient été excisées selon l’Unicef. Deux décès de nourrissons excisées en 2025 ont provoqué une forte indignation dans le pays.
La Cour suprême gambienne examine actuellement une plainte déposée par le député Almameh Gibba et des associations religieuses pour annuler l’interdiction. Une proposition similaire avait déjà été rejetée par le Parlement en 2024. Les partisans de la dépénalisation invoquent des arguments religieux et traditionnels, affirmant que l’excision fait partie des croyances locales. À l’inverse, des ONG comme Think Young Women rappellent que les MGF ne sont ni une obligation religieuse, ni une pratique sans conséquences : elles causent douleurs chroniques, traumatismes, complications obstétricales et parfois la mort.
Des témoignages de victimes comme Fatou Sanyang, excisée à six ans, illustrent les séquelles durables sur la santé et la vie intime. D’autres survivantes, comme Jaha Dukureh, devenue militante internationale après avoir perdu sa sœur à cause d’une excision, dénoncent un “traumatisme à vie” et craignent qu’un retour en arrière légal ne mette encore davantage en danger les filles.
Malgré l’interdiction, très peu de poursuites ont eu lieu depuis 2015 et les premières condamnations n’ont été prononcées qu’en 2023. La pratique reste perçue par certaines communautés comme un rite d’intégration sociale, ce qui contribue à son maintien.
La décision de la Cour suprême, attendue prochainement, pourrait faire de la Gambie l’un des rares pays au monde à revenir sur l’interdiction des MGF, une perspective qui inquiète fortement les survivantes et les organisations de défense des droits des femmes.







