Dans la nuit du 2 février 2026, lorsque Mamadi Doumbouya appose son sceau sur la nomination d’Ibrahima Sory II Tounkara comme ministre de la Justice, c’est moins un homme nouveau qui apparaît sur la scène nationale qu’une figure devenue familière pour les Guinéens. Son visage, son calme maîtrisé et ses mots pesés ont marqué un procès qui restera dans la mémoire collective : celui des évènements du 28 septembre.
À 49 ans, Tounkara incarne une génération de magistrats forgés dans l’exigence, façonnés dans la discrétion, révélés dans la rigueur.
« Je prie Dieu qu’il m’aide à pouvoir réaliser au mieux cette mission… », confiait-il, esquissant la gravité de la tâche qui l’attend.
Des bancs de Kaloum aux tribunes judiciaires
Né à Conakry, formé dans les écoles publiques — du lycée 2 Octobre jusqu’à l’université Gamal Abdel Nasser — Tounkara s’inscrit dans la trajectoire de ceux qui grimpent l’échelle sociale par la persévérance. Étudiant en droit privé au début des années 2000, il obtient son DEUG avant de poursuivre vers le Centre de Formation et de Documentation Judiciaires, où il décroche le Brevet de Magistrat.
Sa carrière commence réellement en 2009. Kaloum, Mafanco, Macenta, Mamou… Son parcours ressemble à une diagonale à travers le pays, une immersion dans les réalités judiciaires guinéennes, loin des projecteurs. À chaque étape, un même constat revient chez ceux qui le côtoient : une manière ferme mais mesurée de tenir l’audience, une posture dépourvue de gesticulations, mais chargée d’autorité institutionnelle.
La scène qui le révèle
C’est en septembre 2022, lorsqu’il devient président du tribunal de première instance de Dixinn, que son nom franchit un seuil national. L’ancien ministre de la Justice, Alphonse Charles Wright, le choisit pour diriger le procès tant attendu du massacre du 28 septembre. Un dossier explosif, un huis clos exposé, un pays suspendu.
Tounkara y impose un style.
Lors d’une audience en 2023, il recadre sans éclat mais sans trembler l’ancien chef de la transition, Moussa Dadis Camara, qui ironisait sur la formation des magistrats guinéens. Une séquence restée dans les archives : sans hausser le ton, Tounkara rappelle sa formation, sa génération, et surtout l’indépendance de la justice. Le symbole s’installe.
À la tête d’un ministère sous tension
Aujourd’hui, il prend les commandes d’un département en pleine transformation. La justice guinéenne traverse une période où les attentes sont immenses : réformes structurelles, crédibilité institutionnelle, et exigences répétées du chef de l’État pour une justice plus lisible, plus rapide, plus juste.
Tounkara arrive avec le poids de son expérience, mais aussi avec une réputation : celle d’un magistrat méthodique, imperméable aux pressions visibles, conscient des défis invisibles.
Il lui faudra désormais passer de la maîtrise d’une salle d’audience à celle d’un ministère entier, avec ses équilibres internes, ses urgences politiques, et ses chantiers en friche.
La suite s’écrira au fil de ses arbitrages. Mais pour l’heure, une certitude demeure :
C’est un magistrat forgé dans les salles austères des tribunaux qui s’apprête à devenir l’architecte d’une justice en quête de refondation.
Dansa Camara, correspondant de LNA à Conakry







