À Goma, il y a les volcans. Et puis il y a les retours en scène de Joseph Kabila. Les seconds peuvent parfois se révéler aussi explosifs que les premiers. Cette semaine, l’ancien président congolais, condamné à mort par contumace par la justice de son pays, a trouvé un moyen plutôt original de revenir dans le jeu politique : prendre la tête d’un mouvement politico-militaire rassemblant notamment les rebelles du M23. Rien que ça.
Baptisée Front pour la refondation de la nation (FRN), la nouvelle structure a été présentée avec un casting digne d’une réunion d’anciens combattants de la vie politique congolaise. Aux côtés de Kabila figurent notamment Corneille Nangaa, ancien patron de la commission électorale, Bertrand Bisimwa et le général Sultani Makenga, figure militaire du M23. Une sorte de « dream team » pour tous ceux qui considèrent que la politique se pratique mieux en treillis qu’en costume-cravate.
L’ancien chef de l’État, qui niait encore récemment tout lien avec l’AFC-M23, ne s’embarrasse plus désormais de nuances. En prenant la présidence du FRN, il officialise ce que Kinshasa affirmait depuis des mois : sa proximité avec la rébellion qui contrôle une partie de l’est du pays. Une manière de sortir du bois. Ou plutôt de sortir du maquis.
Le plus savoureux reste sans doute l’habillage institutionnel de l’opération. Les promoteurs du FRN invoquent la Constitution pour justifier la création du mouvement et affirment vouloir « mettre fin à la tyrannie par tous les moyens, y compris la force ». Dans une démocratie classique, cela ressemblerait à un appel à l’insurrection. Dans les Grands Lacs, cela devient un communiqué politique.
Face à eux, le président Félix Tshisekedi n’est pas exactement à l’abri des critiques. Depuis plusieurs mois, les débats autour d’une éventuelle révision constitutionnelle alimentent les soupçons d’une volonté de prolonger son règne au-delà de 2028. Résultat : chacun accuse l’autre de s’accrocher au pouvoir, avec cette particularité congolaise que certains le font depuis un palais présidentiel et d’autres depuis une ville tenue par une rébellion armée.
La vraie question est ailleurs : que cherche Kabila ? Une revanche ? Une protection politique face à sa condamnation ? Une place dans les futures négociations sur l’avenir du pays ? Probablement un peu tout à la fois. Car en politique congolaise, comme dans les vieux feuilletons, les personnages que l’on croyait sortis du scénario trouvent toujours une porte dérobée pour revenir à l’écran.
Pendant ce temps, les habitants de l’est de la RDC continuent surtout de vivre avec l’insécurité, les déplacements de populations et une guerre qui n’en finit pas. Derrière les grandes déclarations sur la « refondation de la nation », ce sont eux qui paient la facture. Comme souvent.
Et pendant que les chefs se disputent l’avenir du Congo, le Congo, lui, attend toujours que quelqu’un s’occupe de son présent.






