À quelques semaines de l’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) à Dakar, l’organisation Human Rights Watch (HRW) tire la sonnette d’alarme sur la situation des personnes LGBT+ au Sénégal.
Dans un rapport publié lundi, l’ONG dénonce une « répression brutale » et s’inquiète du respect par le pays de la Charte olympique, qui interdit toute forme de discrimination. Le Sénégal accueillera du 31 octobre au 13 novembre la quatrième édition des Jeux olympiques de la jeunesse. Quelque 2.700 athlètes sont attendus pour cet événement historique, le premier rendez-vous olympique organisé sur le continent africain.
Une loi plus sévère contre l’homosexualité
Les critiques de HRW interviennent après l’adoption, en mars dernier, d’une nouvelle loi renforçant les sanctions contre les relations homosexuelles. Désormais, les personnes reconnues coupables de relations entre personnes de même sexe encourent des peines allant de cinq à dix ans de prison, soit le double des sanctions précédentes.
Le texte prévoit également des poursuites pénales contre la promotion ou le financement de l’homosexualité.
Adoptée à une très large majorité par les parlementaires, cette réforme s’inscrit dans un contexte de forte hostilité envers les personnes LGBT+ dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, majoritairement musulman et profondément conservateur sur les questions de société.
Des arrestations massives dénoncées
Selon Human Rights Watch, la nouvelle législation s’accompagne d’une multiplication des arrestations. Au mois d’août, 71 hommes ont notamment été renvoyés devant la justice pour « actes contre nature », l’expression utilisée dans le droit sénégalais pour désigner les relations entre personnes du même sexe.
L’ONG affirme également que les personnes LGBT+ sont confrontées à des obstacles croissants pour accéder à une défense juridique et à des services de santé.
« La répression grandissante menée par le Sénégal à l’encontre des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres porte atteinte à leurs droits, suscite une peur et une stigmatisation grandissantes, et doit cesser immédiatement », estime HRW dans son rapport.
Des inquiétudes pour les JOJ
Pour Human Rights Watch, cette situation soulève des questions quant au respect par le Sénégal de ses engagements en tant que pays hôte d’une compétition olympique.
« La Charte olympique bannit toute discrimination sur quelque motif que ce soit et engage chaque pays accueillant les compétitions à respecter les droits humains et la dignité humaine », rappelle l’organisation.
Larissa Kojoué, chercheuse sur les droits LGBT+ à HRW, estime que la campagne actuelle contre les minorités sexuelles « soulève de graves inquiétudes sur le respect par le Sénégal de la Charte olympique et du droit international ».
Une tendance régionale
L’organisation souligne enfin que le Sénégal n’est pas un cas isolé. Ces derniers mois, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont adopté ou renforcé des législations pénalisant l’homosexualité, dans un contexte de durcissement observé à l’échelle de la région.
Selon HRW, cette évolution favorise la stigmatisation des personnes LGBT+, les pousse à se cacher par crainte d’arrestations et peut compliquer leur accès au dépistage et aux traitements contre le VIH.







