Le milliardaire nigérian Aliko Dangote a posé la première pierre d’une gigantesque raffinerie de pétrole à Lamu, sur la côte kényane. Un projet stratégique qui ambitionne de renforcer l’autonomie énergétique de l’Afrique de l’Est, mais qui suscite déjà des controverses environnementales et foncières.
Le groupe Dangote a officiellement lancé mercredi la construction d’une mégaraffinerie dans le comté de Lamu, au Kenya. L’installation devrait afficher une capacité de traitement de 700 000 barils de pétrole par jour, pour un investissement évalué à 16 milliards de dollars.
Selon le groupe nigérian, les travaux devraient s’étendre sur une période comprise entre 30 et 40 mois. Une fois opérationnelle, l’infrastructure deviendra l’une des plus importantes du continent et un maillon essentiel de l’approvisionnement énergétique de l’Afrique de l’Est.
Présent lors de la cérémonie, le fondateur et PDG du groupe, Aliko Dangote, a présenté ce projet comme une nouvelle étape vers l’industrialisation du continent.
« L’Afrique doit industrialiser l’Afrique », a-t-il déclaré, estimant que le continent ne peut plus se contenter d’exporter ses matières premières avant d’importer les produits transformés dont il a besoin.
Réduire la dépendance aux importations
Malgré une production importante de pétrole brut, l’Afrique continue d’importer la majorité des carburants qu’elle consomme. Selon les estimations de l’Africa Finance Corporation, près de 70 % des carburants utilisés sur le continent proviennent de l’étranger.
Pour Aliko Dangote, le développement de capacités locales de raffinage est indispensable afin de réduire cette dépendance et d’accroître la valeur ajoutée créée en Afrique.
Le groupe exploite déjà au Nigeria la plus grande raffinerie du continent, entrée en service en 2024 avec une capacité de 650 000 barils par jour. Dangote prévoit d’ailleurs de porter cette capacité à 1,4 million de barils quotidiens d’ici 2028, ce qui pourrait en faire l’une des plus importantes raffineries au monde.
Une ambition régionale
La cérémonie organisée au port en eaux profondes de Lamu a réuni plusieurs dirigeants africains, dont le président kényan William Ruto, le président ougandais Yoweri Museveni et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed.
Pour Nairobi, cette raffinerie ne doit pas seulement répondre aux besoins du Kenya, mais devenir un centre énergétique régional.
« Cette installation sera au service de l’ensemble de l’Afrique de l’Est », a souligné William Ruto.
Le Kenya prévoit de commencer sa propre production pétrolière commerciale au début de l’année 2027, même si les volumes initiaux devraient rester limités.
Des interrogations sur l’approvisionnement
Une question demeure toutefois : d’où proviendra le pétrole destiné à alimenter la future raffinerie ?
Le Kenya n’étant pas encore un producteur majeur, Dangote a expliqué que le brut serait dans un premier temps importé depuis plusieurs régions hors d’Afrique. À plus long terme, le groupe compte s’appuyer sur la montée en puissance de la production pétrolière au Kenya, en Tanzanie ou encore au Mozambique.
Cette stratégie vise à garantir l’approvisionnement du site tout en accompagnant le développement de nouveaux producteurs régionaux.
Contestations et préoccupations environnementales
Le projet n’est cependant pas accueilli favorablement par tous.
Des familles locales ont engagé des procédures judiciaires, affirmant avoir été privées de leurs terres dans le cadre du développement industriel de la zone portuaire de Lamu. Une décision de justice est attendue prochainement.
Les organisations environnementales s’inquiètent également des conséquences potentielles de l’installation sur un territoire reconnu pour sa biodiversité exceptionnelle. Greenpeace estime notamment que le projet pourrait menacer un écosystème fragile.
Située sur l’océan Indien, Lamu est célèbre pour son archipel et sa vieille ville historique, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Considérée comme l’un des plus anciens centres de la culture swahilie en Afrique de l’Est, la région représente aussi un important pôle touristique.
Face aux critiques, le président William Ruto a assuré que les préoccupations des populations locales ainsi que les enjeux environnementaux seraient pris en compte durant le développement du projet.
Une concurrence qui s’organise
L’Afrique de l’Est voit parallèlement émerger plusieurs projets concurrents. L’Ouganda prévoit notamment la construction d’une raffinerie d’une capacité de 60 000 barils par jour, tandis qu’un autre projet régional impliquant la Tanzanie et le groupe Vitol est également à l’étude.
Pour Yoweri Museveni, cette concurrence n’est pas un obstacle.
« L’Afrique a besoin de plus de deux ou trois raffineries », a-t-il affirmé.
Avec ce projet d’envergure, Dangote confirme son ambition de devenir un acteur incontournable du raffinage africain et de faire du continent un espace capable de transformer davantage ses propres ressources énergétiques.







