L’émotion ne retombe pas en Guinée. Plusieurs mois après le viol collectif présumé de deux adolescentes à Mandiana, dans l’est du pays, la diffusion récente sur les réseaux sociaux d’images de l’agression a provoqué une vague d’indignation nationale et relancé le débat sur les violences faites aux femmes et aux mineures.
Les faits remontent à avril dernier. Selon les autorités judiciaires, plusieurs hommes sont soupçonnés d’avoir agressé sexuellement deux adolescentes avant de filmer la scène. Quatre suspects ont été arrêtés et placés en détention, tandis qu’un cinquième individu est toujours recherché.
Mais c’est la réapparition des vidéos sur les réseaux sociaux qui a provoqué une prise de conscience collective rarement observée dans le pays. Associations de défense des droits humains, organisations féministes, artistes, journalistes, responsables religieux et personnalités politiques ont multiplié les prises de parole pour réclamer justice.
Sous le mot-dièse #JeudiNoir, des milliers d’internautes ont exprimé leur solidarité avec les victimes. De nombreux citoyens ont publié des messages accompagnés de photos où ils apparaissent vêtus de noir, dénonçant les violences basées sur le genre et appelant à mettre fin à l’impunité.
Pour les organisations engagées dans la défense des droits des femmes, cette affaire dépasse désormais le seul cadre judiciaire. Elle est devenue le symbole d’un combat plus large pour la protection des mineures et le renforcement des mécanismes de prévention des violences sexuelles.
« Rien ne peut justifier une agression sexuelle, encore moins lorsqu’elle vise des mineurs », souligne Fatima Camara, membre d’une organisation de lutte contre les violences faites aux femmes et aux jeunes filles. Comme de nombreux acteurs de la société civile, elle souhaite que le procès à venir constitue un signal fort contre ce type de criminalité.
Face à l’ampleur de l’émotion suscitée par l’affaire, les autorités ont également cherché à afficher leur engagement. Une délégation gouvernementale conduite par la ministre de la Femme s’est rendue à Mandiana afin de rencontrer les victimes, leurs proches ainsi que les autorités locales.
Le procureur général, Marwane Baldé, a de son côté réaffirmé la volonté de la justice de traiter ce dossier avec toute la rigueur nécessaire. Selon lui, les infractions de viol commises contre des personnes vulnérables, particulièrement des mineures, appellent une réponse judiciaire exemplaire.
Le procès devrait se tenir dans les prochains jours, d’après les autorités judiciaires locales. Son issue est attendue avec attention par une opinion publique mobilisée comme rarement sur les questions de violences sexuelles.
Au-delà de la condamnation éventuelle des auteurs présumés, cette affaire met en lumière les attentes croissantes d’une partie de la société guinéenne. Les appels se multiplient pour une meilleure prise en charge des victimes, un renforcement de la protection des enfants et une lutte plus efficace contre les violences sexuelles.
Pour beaucoup d’observateurs, l’affaire de Mandiana pourrait ainsi marquer un tournant dans la manière dont la société guinéenne appréhende ces violences, longtemps cantonnées à la sphère privée ou tues par peur de la stigmatisation. Aujourd’hui, la demande de justice et de protection résonne bien au-delà des frontières de cette localité de Haute-Guinée.






