Les dernières données du World Investment Report 2026 de la CNUCED mettent en évidence un retournement spectaculaire des investissements directs étrangers (IDE) au Sénégal. Après plusieurs années de flux exceptionnellement élevés, les IDE se sont brutalement contractés en 2025.
Selon la CNUCED, les entrées d’IDE se sont élevées à :
– 2020 : 1,846 milliard de dollars ;
– 2021 : 2,588 milliards de dollars ;
– 2022 : 2,929 milliards de dollars ;
– 2023 : 4,790 milliards de dollars ;
– 2024 : 3,319 milliards de dollars ;
– 2025 : seulement 337 millions de dollars.
Entre 2020 et 2024, le Sénégal a ainsi attiré 15,472 milliards de dollars d’IDE, soit une moyenne annuelle de 3,094 milliards de dollars. Jamais le pays n’avait enregistré un tel niveau d’investissements étrangers. Cette performance s’explique principalement par les investissements massifs réalisés dans les grands projets pétroliers et gaziers, notamment Sangomar et Greater Tortue Ahmeyim (GTA), qui ont nécessité d’importantes dépenses de construction, d’équipements et d’infrastructures.
En 2025, les flux d’IDE chutent à 337 millions de dollars, soit une baisse de près de 90 % par rapport à 2024. Cette rupture marque la fin d’un cycle exceptionnel d’investissements.
Cette évolution s’explique d’abord par un phénomène structurel. Les grands projets pétroliers et gaziers sont désormais entrés en phase de production. Les investissements de construction ayant été largement réalisés, les besoins en nouveaux capitaux étrangers diminuent naturellement. Une telle baisse était donc en partie prévisible.
Toutefois, cette explication ne suffit probablement pas à rendre compte de l’ampleur de la chute observée. Celle-ci intervient également dans un contexte marqué par la révélation d’importants engagements de dette publique qui n’avaient pas été correctement déclarés entre 2019 et 2024. Cette situation a entraîné une crise de confiance, la suspension du programme avec le FMI et une dégradation de la perception du risque souverain du Sénégal. Même si les statistiques de la CNUCED ne permettent pas d’établir une relation de causalité directe, il est plausible que ce contexte ait contribué à retarder ou à décourager certains projets d’investissement étrangers.
L’évolution des IDE rappelle une réalité essentielle : les investissements liés aux ressources naturelles, aussi importants soient-ils, sont souvent temporaires. Ils atteignent leur maximum pendant la phase de développement des projets avant de diminuer lorsque la production commence.
Le véritable défi consiste désormais à attirer des investissements plus diversifiés et plus durables. Le Sénégal devra renforcer son attractivité dans l’industrie manufacturière, l’agro-industrie, les services numériques, les énergies renouvelables, la logistique, le tourisme et les infrastructures.
Face à cette situation, il est urgent de mettre en œuvre un programme de redressement budgétaire crédible, de restructurer la dette publique afin d’en rétablir la soutenabilité et de conclure un nouvel accord avec le FMI. Ces trois leviers sont complémentaires : ils permettront de restaurer la confiance des investisseurs, de réduire les tensions sur les finances publiques, de faciliter l’accès aux financements extérieurs et de créer les conditions d’un retour durable des investissements directs étrangers.
Pr Amath Ndiaye
FASEG-UCAD







