L’affaire Mountaga Tall ne peut plus être lue comme un simple dysfonctionnement judiciaire : elle est le miroir grossissant d’un système où l’injustice a été méthodiquement érigée en mode de gouvernance. À Bamako, la répression a cessé de se draper dans des semblants de légalité pour basculer dans un arbitraire décomplexé, combinant l’effacement du droit, la terreur politique et l’imposture morale.
Le premier niveau de cette dérive est une injustice procédurale absolue. L’arrestation de cet avocat de renom et figure politique s’apparente en tout point à un enlèvement d’État. Détenu au secret par la Sécurité d’État, privé de tout contact avec sa famille, Mountaga Tall subit une forme de disparition forcée qui bafoue les règles juridiques les plus élémentaires. En piétinant l’immunité professionnelle d’un avocat, pourtant farouchement protégée par les textes de l’UEMOA, la junte envoie un avertissement glacial à l’ensemble du corps de la défense : plus personne, pas même ceux qui ont passé leur vie à défendre la loi, n’est protégé par elle.
De la répression ciblée à la purge systémique
À cette violence juridique s’ajoute une injustice politique aux méthodes archaïques, fondée sur la responsabilité collective et la punition par association. L’extension des interpellations aux proches de Mountaga Tall, notamment son propre fils, dévoile la nature inquisitoriale du régime. Il ne s’agit plus de poursuivre un homme pour ses opinions, mais de briser une lignée, d’asphyxier un entourage et de terroriser la société civile dans son ensemble.
Cette stratégie de la rafle, qui frappe indistinctement militants prodémocratie, leaders religieux et militaires jugés tièdes, crée un climat de suspicion généralisée où la dissidence est assimilée à un crime de lèse-majesté. Le pouvoir ne cherche plus à convaincre, mais à sidérer une population contrainte au silence par la peur des représailles familiales.
L’alibi sécuritaire contre l’ennemi intérieur
Enfin, le cynisme du pouvoir atteint son paroxysme dans son injustice morale, caractérisée par l’instrumentalisation éhontée de la tragédie sécuritaire malienne. Évoquer de vagues soupçons de « complicité terroriste » ou de complot contre la sûreté de l’État pour justifier l’isolement de Mountaga Tall constitue un chantage au patriotisme particulièrement révoltant.
Alors que les populations civiles du centre et du nord du pays restent abandonnées à la fureur des groupes armés, le régime choisit de détourner les forces d’élite et les services de renseignement de leur mission vitale de protection du territoire. Ces moyens colossaux sont réaffectés à la traque et à l’embastillement d’opposants pacifiques en costume dans les salons de Bamako.
L’impasse internationale comme ultime bouclier
Face à ce verrouillage intérieur, la décision du collectif d’avocats de Mountaga Tall de saisir la Cour africaine des droits de l’homme ou l’ONU souligne, par contraste, l’isolement dramatique des justiciables maliens. En se coupant délibérément des instances multilatérales et en érigeant une souveraineté de façade en dogme absolu, la junte s’est construite une immunité diplomatique sur mesure.
Le recours international, bien que juridiquement fondé et nécessaire pour l’histoire, se heurte au mur d’un régime qui considère chaque rappel au droit comme une ingérence extérieure. L’injustice se nourrit ainsi de ce huis clos géopolitique, où les décisions des cours internationales ont de fortes chances d’être sacrifiées sur l’autel d’une raison d’État devenue hors de contrôle.







