L’organisation Reporters sans frontières (RSF) refuse de fermer les yeux sur la parodie de justice qui se joue désormais quotidiennement à Bamako.
Face à ce qu’elle qualifie ouvertement d’« instrumentalisation outrancière » de la loi sur la cybercriminalité, RSF ne se contente plus de déplorer ou de feindre l’inquiétude : elle accuse de front, documente les dérives et exige des comptes immédiats d’un régime militaire qui utilise le code pénal comme une arme de harcèlement politique et d’ingénierie sociale. Par des revendications sans concession, l’organisation place le pouvoir de Bamako au pied du mur, révélant la fragilité d’une junte qui ne tient que par la peur.
L’exigence absolue d’une libération immédiate pour briser l’omertà
La première urgence absolue dictée par RSF concerne le sort des professionnels des médias actuellement jetés en prison sous des prétextes fallacieux. L’organisation exige la libération immédiate, inconditionnelle et assortie de l’abandon de toutes les charges pour les journalistes détenus, dénonçant ces incarcérations brutales comme de pures manœuvres d’intimidation collective.
Pour RSF, chaque jour passé derrière les barreaux par ces professionnels est une violation flagrante du droit international et une tentative de soustraire la gestion de la transition à tout contrôle citoyen. En exigeant leur libération, l’organisation cherche à briser le cercle vicieux de l’autocensure qui paralyse les rédactions maliennes, réduites au silence par la menace permanente du mandat de dépôt.
Le démantèlement indispensable d’un arsenal juridique taillé pour la dictature
Au-delà de la réponse aux urgences humaines et individuelles, RSF s’attaque directement à la racine structurelle de la répression en réclamant une refonte profonde, voire l’abrogation pure et simple, des articles les plus toxiques de la loi sur la cybercriminalité. L’organisation met à nu le piège juridique tendu par les autorités de Bamako : l’utilisation de notions juridiques volontairement floues et extensives, à l’image de l’« atteinte au crédit de l’État », de la « propagation de fausses nouvelles » ou de l’« outrage aux autorités ».
Ces concepts, dénués de toute définition stricte, sont dénoncés par RSF comme des outils taillés sur mesure pour criminaliser le travail d’enquête, l’analyse politique et même la simple expression d’un doute. Tant que ces textes fourre-tout resteront en vigueur, prévient l’organisation, la justice malienne ne sera que la chambre d’enregistrement des vengeances du pouvoir.
La fin du harcèlement d’État et la restauration des traités internationaux
Enfin, l’organisation somme le pouvoir de transition de mettre un terme définitif au climat de paranoïa d’État et d’intimidation systématique qui étouffe la société civile. RSF exige des garanties concrètes, mesurables et vérifiables pour la sécurité physique et juridique des journalistes, qu’ils officient dans les médias traditionnels ou sur les plateformes numériques.
En rappelant avec insistance les engagements internationaux que le Mali a librement ratifiés, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, RSF accule le régime de Bamako à une contradiction intenable. L’organisation force ainsi les colonels au pouvoir à un choix binaire et lourd de conséquences : reculer face aux exigences démocratiques élémentaires et restaurer l’État de droit, ou assumer définitivement, aux yeux de la communauté internationale et de l’histoire, le statut de tyrannie numérique.







