Dans une nouvelle illustration de sa politique de contrôle à tout-va, le régime militaire de transition au Burkina Faso vient de franchir un nouveau cap en s’immisçant dans l’intimité et le divertissement des citoyens.
Par un décret du ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme, Ouagadougou a tout simplement suspendu l’organisation de l’ensemble des concours de beauté sur le territoire national. Une décision radicale qui illustre la dérive puritaine et liberticide d’un pouvoir de plus en plus intrusif.
Pour justifier cette censure qui ne dit pas son nom, les autorités brandissent l’argument fourre-tout de l’éthique et de la décence. Le ministère affirme vouloir lutter contre la « marchandisation du corps de la femme » et les dérives qui « portent atteinte aux valeurs culturelles, aux mœurs et à la dignité ». Derrière ce vernis de vertu moralisatrice se cache pourtant une volonté manifeste de caporaliser la société civile et d’imposer une vision uniforme et rétrograde de la culture burkinabè.
Cette interdiction générale frappe de plein fouet des événements populaires comme le concours « Miss Burkina », mais aussi de multiples initiatives locales. En réduisant les concours de beauté à de la simple « marchandisation », le pouvoir feint d’ignorer que ces plateformes servent souvent de tremplins d’émancipation pour les jeunes femmes, d’opportunités économiques pour les artisans de la mode locale, et de vecteurs de messages sociaux ou caritatifs.
Alors que le pays fait face à des défis sécuritaires et humanitaires majeurs, le gouvernement de transition semble curieusement choisir ses priorités en s’attaquant aux podiums de défilés. Cette politique de la censure, qui prétend protéger la dignité des femmes en dictant ce qu’elles ont le droit de faire de leur image, ressemble à s’y méprendre à un paternalisme d’État. Sous couvert de préserver l’intégrité culturelle, le régime franchit une étape supplémentaire vers la restriction des libertés individuelles, confirmant sa trajectoire autoritaire où l’espace d’expression citoyen se réduit de jour en jour comme une peau de chagrin.







