Au Niger, le pouvoir militaire confirme une fois de plus que sa priorité absolue n’est pas tant la protection de ses citoyens que la préservation de son propre pouvoir.
La récente incarcération de l’activiste Nassirou Bodo à la prison civile de Niamey n’est que le dernier chapitre d’une longue série de purges visant à faire taire toute voix discordante.
Quel est le « crime » impardonnable de M. Bodo ? Avoir osé dénoncer la « violence sociale » exercée par l’État et appelé à des actions de protestation pacifique. Dans un élan de paranoïa typique des régimes autoritaires, la junte a rapidement brandi l’accusation fourre-tout et bien commode de « diffusion de données de nature à troubler l’ordre public ». En d’autres termes : dire la vérité est devenu une menace pour la sécurité de l’État.
Car ce que dénonce Nassirou Bodo est une réalité que les autorités tentent d’étouffer : l’insécurité galopante dans les provinces et les expulsions brutales – qualifiées de « déguerpissements » pour en atténuer la violence – des riverains de l’aéroport de Niamey. Sous couvert de « risque terroriste » suite à l’attaque de janvier 2026, la junte rase des habitations, justifiant la misère imposée à sa propre population par des impératifs sécuritaires dont les résultats se font toujours attendre face aux groupes jihadistes.
Ce musellement systématique n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis le coup de force de juillet 2023, le Niger s’est transformé en une vaste prison pour les esprits libres. Le bilan est accablant : arrestations arbitraires, journalistes traqués (treize incarcérés en 2025 selon l’ONU), et figures de la société civile, à l’image de Moussa Tchangari croupissant en cellule depuis fin 2024 sous le motif absurde d’« apologie du terrorisme ».
En fin de compte, la junte nigérienne applique à la lettre le manuel du parfait dictateur : accuser de trahison ou de complot quiconque met en lumière les failles du régime. En réduisant au silence des citoyens comme Nassirou Bodo, les militaires au pouvoir ne prouvent pas leur force, mais exposent au grand jour leur immense fragilité politique et leur incapacité à offrir au Niger autre chose que la répression.







