Derrière l’hommage rendu à l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade à l’occasion de son centième anniversaire, Bassirou Diomaye Faye a livré jeudi un message politique qui dépasse largement le cadre de la célébration. En exaltant la patience, le respect de l’adversaire et le sens de l’État de son prédécesseur, le chef de l’État a semblé répondre, sans jamais le nommer, à Ousmane Sonko, avec qui les relations se sont fortement détériorées ces dernières semaines.
Devant les membres du gouvernement, des diplomates, des responsables du Parti démocratique sénégalais (PDS) et plusieurs invités réunis au Grand Théâtre national de Dakar, Bassirou Diomaye Faye a choisi de mettre en lumière ce qu’il considère comme l’un des principaux héritages politiques d’Abdoulaye Wade : sa capacité à mener le combat politique sans transformer son adversaire en ennemi.
Pour illustrer son propos, le président est revenu sur un épisode marquant de la campagne présidentielle de 2000. Alors qu’il se rapprochait du pouvoir après plusieurs décennies d’opposition, Abdoulaye Wade avait rendu visite à la mère du président sortant, Abdou Diouf.
« Rien ne l’y obligeait », a rappelé Bassirou Diomaye Faye, voyant dans ce geste une démonstration de respect et de dépassement des clivages politiques.
Le chef de l’État a également salué l’attitude des deux hommes lors de la première alternance démocratique du Sénégal. D’un côté, Abdou Diouf acceptant sa défaite ; de l’autre, Abdoulaye Wade accueillant la victoire sans esprit de revanche.
Pour Bassirou Diomaye Faye, cette séquence reste l’une des plus belles leçons de la vie politique sénégalaise.
Mais c’est surtout lorsqu’il a abordé la question des désaccords politiques que son discours a pris une résonance particulière.
« L’adversaire d’aujourd’hui n’est pas un ennemi », a-t-il déclaré devant l’assistance. « C’est un compatriote qui voit le pays autrement et avec lequel il faudra continuer d’habiter la même maison Sénégal. »
Difficile, dans ce contexte, de ne pas voir une allusion à la crise qui secoue actuellement le sommet de l’État. Longtemps présentés comme les deux visages d’un même projet politique, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko affichent désormais leurs divergences au grand jour. Le limogeage de Sonko de la Primature, suivi de son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, a ouvert une nouvelle séquence politique marquée par une rivalité de plus en plus assumée entre les deux anciens compagnons de lutte.
Sans entrer dans la polémique, le président sénégalais a néanmoins multiplié les appels à la retenue.
« Nos désaccords, si profonds soient-ils, demeurent des désaccords entre frères et sœurs », a-t-il affirmé. Avant d’ajouter qu’aucune querelle politique ne mérite que l’on « déchire le pays qui nous est commun ».
À travers la figure d’Abdoulaye Wade, Bassirou Diomaye Faye semble ainsi défendre une certaine idée de la politique : celle où l’affrontement démocratique ne doit jamais prendre le pas sur l’intérêt national. Un message qui intervient alors que les tensions entre les différents courants issus de l’ex-majorité alimentent chaque jour davantage le débat public sénégalais.
Au-delà de cette lecture politique, le chef de l’État a également tenu à inscrire l’ancien président dans le patrimoine national. « Le président Wade n’appartient plus seulement au PDS », a-t-il déclaré. « Il appartient à l’histoire du Sénégal. »
Évoquant les vingt-six années d’opposition et les quatre défaites électorales qu’il a connues avant son accession au pouvoir en 2000, Bassirou Diomaye Faye a aussi adressé un message à la jeunesse sénégalaise : les transformations durables, a-t-il insisté, exigent du temps, de la persévérance et de la patience.
La séquence s’est achevée sur une note plus personnelle. S’adressant directement au centenaire, le président de la République a confié que, dans les moments les plus difficiles de l’exercice du pouvoir, certaines figures continuent d’inspirer ceux qui gouvernent.
« Vivez longtemps parmi nous, Monsieur le Président. Le Sénégal n’a pas fini d’apprendre de vous », a-t-il conclu.







