Près de 50 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes ce lundi en Éthiopie pour renouveler les 547 sièges de la Chambre des représentants ainsi que les assemblées régionales. Un scrutin crucial qui pourrait permettre au Premier ministre Abiy Ahmed de décrocher un nouveau mandat à la tête du pays.
Au pouvoir depuis huit ans, le chef du gouvernement mise sur son bilan pour convaincre les électeurs. Ses partisans mettent notamment en avant la finalisation du Grand barrage de la Renaissance, les importants travaux de modernisation d’Addis-Abeba et plusieurs projets touristiques d’envergure.
Mais cette élection se déroule dans un climat de fortes contestations. Les principaux partis d’opposition accusent le pouvoir de verrouiller le jeu démocratique et dénoncent un contexte marqué par l’insécurité, la hausse du coût de la vie et des restrictions politiques. Plusieurs formations affirment n’avoir pu présenter des candidats dans certaines circonscriptions en raison des violences et des pressions exercées sur le terrain.
Selon les personnes ressources interrogées sur place par nos confrères de RFI, la situation n’est pas rassurante :
« À Addis-Abeba, l’aide alimentaire sert à s’assurer un soutien électoral. Dans un contexte de pauvreté et d’insécurité, la parole politique, les médias et les pratiques de vote sont étroitement contrôlés », estime Sabine Planel, chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement.
Même son de cloche chez le politologue Yohannes Woldemariam, spécialiste de la Corne de l’Afrique, qui juge que le Premier ministre « a besoin de légitimité, surtout vis-à-vis des pays occidentaux et des institutions financières telles que le FMI et la Banque mondiale ».
Dans plusieurs régions, notamment en Amhara et en Oromia, les affrontements entre les forces gouvernementales et des groupes armés continuent d’alimenter les tensions. Au Tigré, le scrutin n’a d’ailleurs pas été organisé en raison de la rupture des relations entre les autorités régionales et le gouvernement fédéral.
Face aux critiques, les autorités mettent en avant la présence de missions d’observation de l’Union africaine et de l’IGAD, chargées d’évaluer la transparence et l’indépendance du processus électoral.
Le résultat de ce scrutin est attendu comme un test majeur pour Abiy Ahmed, dont le parti domine actuellement largement le Parlement éthiopien.







