En Guinée, certains détenus passent des années derrière les barreaux sans jugement, parfois sans même savoir où se trouve leur dossier judiciaire. C’est l’alerte lancée ce jeudi 14 mai 2026 par l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen (OGDH), qui dénonce les profondes failles du système pénal guinéen.
Lors d’une conférence de presse à Conakry, l’organisation a présenté une étude accablante sur le fonctionnement de la chaîne pénale. Au-delà des chiffres et des procédures, c’est surtout le visage d’une justice lente, saturée et souvent inaccessible aux plus pauvres qui a été décrit.
Pour Me Alpha Amadou DS Bah, président de l’OGDH, la prison est devenue dans certains cas une étape presque automatique, même avant tout jugement.
« À un moment donné, presque toutes les personnes qui arrivaient dans les cabinets d’instruction étaient systématiquement envoyées en prison », a-t-il dénoncé, évoquant notamment le tribunal de Dixinn. Selon lui, le recours à la détention préventive est devenu excessif, alors même que la loi prévoit d’autres solutions comme le contrôle judiciaire ou la liberté sous caution.
Mais derrière ces pratiques judiciaires, ce sont surtout des vies suspendues qui inquiètent les défenseurs des droits humains.
L’OGDH affirme avoir recensé plusieurs cas de détenus restés en prison durant de très longues années sans procès. Le cas de Boubacar Diallo a particulièrement marqué les esprits : selon l’organisation, cet homme aurait passé plus de 16 ans en détention avant de retrouver la liberté.
D’autres détenus passeraient six, sept, huit, voire dix ans en prison sans jugement définitif. Dans certains dossiers, affirme Me DS Bah, les traces administratives disparaissent presque totalement.
« Parfois, il ne reste que le mandat d’arrêt ayant conduit la personne à la maison centrale. Le dossier lui-même est introuvable », explique-t-il avec gravité.
Dans ces conditions, de nombreux prisonniers se retrouvent enfermés dans une attente interminable. Tant que leur dossier n’est pas reprogrammé devant les juridictions compétentes, ils ne peuvent ni être jugés, ni espérer une libération.
Pour les familles, cette situation devient souvent un drame silencieux. Certains proches s’endettent pendant des années pour tenter de suivre les procédures judiciaires. D’autres abandonnent, faute de moyens ou d’informations.
L’OGDH insiste également sur une autre réalité : l’inégalité face à la justice. En matière criminelle, la présence d’un avocat est indispensable. Pourtant, beaucoup de prévenus n’ont pas les ressources nécessaires pour assurer leur défense.
« Tant que l’aide juridictionnelle ne sera pas réellement opérationnelle, l’accès à la justice pour les plus pauvres restera un mirage », estime Me DS Bah.
Depuis plusieurs années, l’organisation tente de combler ce vide à travers des cliniques juridiques destinées à assister les détenus sans ressources. Mais les responsables reconnaissent aujourd’hui leurs limites face à l’ampleur du problème.
Au-delà des dénonciations, cette sortie de l’OGDH remet une nouvelle fois en lumière la question des conditions de détention et du fonctionnement de la justice guinéenne. Dans un pays où les prisons restent régulièrement surpeuplées, les lenteurs judiciaires continuent de transformer la détention provisoire en peine avant même tout procès.
Pour de nombreuses familles, le temps judiciaire est devenu une autre forme de souffrance.







