Un accord a été trouvé entre l’État guinéen, la société Guinea Alumina Corporation (GAC) et le groupe Emirates Global Aluminium (EGA), selon un communiqué du Comité stratégique de Simandou publié ce mercredi. Ce compromis met fin au différend né de l’arrêt des activités de GAC et de la rupture de son approvisionnement en bauxite.
L’accord prévoit notamment le paiement d’un montant forfaitaire par l’État, le transfert d’actifs vers Nimba Mining Company, ainsi que la reprise des relations commerciales autour de la bauxite, impliquant la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG).
Pour analyser les implications de cet accord, notre rédaction a interrogé Mohamed Touré, ingénieur des mines.
Les Nouvelles d’Afrique : M. Touré, quel regard portez-vous sur cet accord annoncé entre l’État guinéen et GAC ?
Mohamed Touré : C’est d’abord une bonne nouvelle. Cela montre que l’État guinéen ne s’est pas enfermé dans une logique de bras de fer. Il y a eu une fermeté au départ, mais aussi une capacité à revenir autour de la table pour trouver une solution.
Dans un secteur aussi stratégique que les mines, préserver à la fois l’autorité de l’État et la continuité des activités économiques est essentiel. Cet accord va dans ce sens.
Le communiqué évoque un règlement amiable après plusieurs mois de tensions. Qu’est-ce qui a conduit à cette situation ?
Il faut comprendre que dans beaucoup de cas, les entreprises minières prennent des engagements forts pour obtenir des permis, mais ces engagements ne sont pas toujours respectés.
Dans le cas de GAC, la question de la transformation locale était centrale. L’entreprise s’était engagée sur certains points, notamment industriels, qui n’ont pas été concrétisés.
L’État a donc exigé le respect des conventions. À un moment donné, il a durci le ton. C’est ce qui a conduit à la suspension des activités et au retrait du permis d’exploitation.
L’accord prévoit un paiement forfaitaire de l’État à GAC. Est-ce préjudiciable à l’Etat guinéen?
Je dirais qu’il faut être prudent. On ne connaît pas encore le montant. Sans cet élément, il est difficile de parler de perte.
Ce qu’on peut dire, c’est qu’on est dans un compromis. L’État évite une procédure judiciaire internationale, ce qui est important pour son image. De son côté, GAC obtient la reprise de certaines opérations, notamment l’approvisionnement en bauxite. Chaque partie a donc fait un pas vers l’autre.
La reprise des relations entre la CBG et EGA est également annoncée. Quel impact cela peut-il avoir ?
C’est un point important. L’arrêt des activités de GAC avait des effets en chaîne, notamment sur les flux de bauxite.
Le fait de rétablir ces relations commerciales permet de relancer une dynamique économique autour de la filière. Cela peut aussi rassurer d’autres acteurs du secteur.
Ce type de crise peut-il se reproduire avec d’autres sociétés minières ?
Ce n’est pas la question principale. Le véritable enjeu, c’est la valorisation de nos ressources.
Aujourd’hui, la Guinée exporte énormément de bauxite brute, avec très peu de transformation locale. Or, c’est dans la transformation que se crée la richesse.
Des pays comme l’Indonésie ont imposé cette logique : pas de transformation, pas d’exportation. La Guinée doit aller dans cette direction si elle veut réellement tirer profit de ses ressources.
Un dernier mot sur cet accord ?
C’est un accord d’apaisement, mais il doit servir de leçon. L’État doit continuer à faire respecter les engagements, tout en anticipant mieux les conséquences de ses décisions.
Et surtout, il faut garder le cap : faire en sorte que l’exploitation minière profite davantage au pays.







