La situation des droits humains au Mali suscite une inquiétude croissante après une série d’attaques coordonnées menées les 25 et 26 avril contre plusieurs villes et localités du pays. Selon des informations convergentes, ces attaques de grande ampleur ont entraîné de lourdes pertes parmi la population civile et provoqué des déplacements massifs de personnes fuyant les zones affectées.
Les violences se sont poursuivies au cours du week-end suivant avec de nouveaux affrontements signalés à Hombori et Gourma Rharous. Ces combats ont opposé les forces de sécurité maliennes à des groupes armés, notamment le Front de libération de l’Azawad, à dominante touarègue, et le groupe jihadiste affilié à Al‑Qaïda, Jamaat Nusrat al‑Islam wal Muslimin (JNIM). Là encore, les civils ont payé un lourd tribut, pris au piège des combats ou contraints à l’exil intérieur.
Face à cette escalade, le Haut‑Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé à une cessation immédiate des hostilités et exhorté toutes les parties au conflit à respecter strictement le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme. Il a insisté en particulier sur l’obligation de protéger les civils ainsi que les infrastructures civiles.
Allégations d’exécutions et d’enlèvements
Au‑delà des combats, de graves accusations visant les forces de sécurité maliennes ont émergé. Des organisations et sources locales font état d’exécutions extrajudiciaires et d’enlèvements qui auraient été perpétrés à la suite des attaques de fin avril.
Le 2 mai, l’avocat et homme politique Mountaga Tall aurait été enlevé à son domicile par deux hommes cagoulés, puis emmené vers un lieu inconnu. Selon des témoignages, son épouse aurait été agressée physiquement alors qu’elle tentait de filmer la scène avec son téléphone portable, lequel lui aurait été confisqué. La veille, trois proches de l’homme politique en exil Oumar Mariko auraient également été enlevés. À ce jour, aucune information officielle n’a été communiquée sur leur sort ou leur localisation.
Appels à des enquêtes indépendantes
Les autorités maliennes ont annoncé l’ouverture d’une enquête sur les attaques des 25 et 26 avril et ont réaffirmé leur engagement à poursuivre les responsables en justice. Les Nations Unies et plusieurs observateurs internationaux demandent cependant que ces enquêtes soient exhaustives, qu’elles portent sur toutes les violations présumées, y compris celles imputables aux forces étatiques, et qu’elles soient conduites dans le respect strict des normes internationales relatives aux droits humains.
Tout arrestation ou placement en détention doit, selon ces mêmes sources, respecter les garanties du droit à un procès équitable et s’effectuer sans discrimination.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Parallèlement à l’insécurité, la situation humanitaire se détériore rapidement. Le 3 mai, le maire du village de Diafarabe, dans la région de Mopti, a lancé un appel d’urgence aux autorités, avertissant que la population risquait de commencer à mourir de faim sous 48 heures, le village étant totalement à court de nourriture.
Diafarabe, tout comme la capitale Bamako, se trouve actuellement sous blocus du JNIM, selon plusieurs sources locales. Ces entraves à la circulation des biens et des personnes ont des conséquences dramatiques pour les civils, limitant l’accès aux denrées alimentaires, aux soins de santé et à l’aide humanitaire.
Exigence d’un accès humanitaire sans entrave
Face à cette situation, le Haut‑Commissaire aux droits de l’homme appelle les autorités maliennes et l’ensemble des groupes armés non étatiques à autoriser et faciliter un accès humanitaire sûr, durable et sans entrave à toutes les populations affectées.
Alors que le Mali reste confronté à une crise multidimensionnelle mêlant insécurité, violations des droits humains et urgences humanitaires, les appels se multiplient pour une désescalade rapide et une protection accrue des civils, au cœur d’un conflit qui ne cesse de s’enraciner.







