« Avec le général Oligui Nguema, il faudra s’attendre à une rupture avec l’ordre ancien », selon Foumangoye Virgilio (économiste, leader d’opinion)

A moins de dix (10) jours de l’élection présidentielle au Gabon, le général Brice Oligui Clotaire à l’origine du coup de la libération en août 2023 et depuis lors président de la transition s’est finalement porté candidat. Il promet la restauration de l’Etat de droit et le respect des institutions du pays. L’économiste et le leader d’opinion, Foumangoye Virgilio, un de ses soutiens indéfectibles décortique l’élection du 12 avril prochain pour la rédaction.

LNA : la campagne a débuté samedi 29 mars, quelle est la température à Libreville, M. Foumangoye Virgilio ?

Foumangoye Virgilio : Elle a bien démarrée, évidemment avec moult interrogations. Les gens se posent des questions, des interrogations. Et c’est tout à fait normal, tout à fait humain. Mais je reste optimiste et je suis d’avis que la mayonnaise prendra. Je ne peux pas vous dire le contraire puisque j’en suis certain.

LNA : L’élection présidentielle au Gabon qui va se tenir le 12 avril prochain est particulière: une première sans la famille Bongo, les militaires et magistrats disposent désormais de possibilités pour se présenter à la candidature avec la condition de mise en disponibilité, une élection sans aucun candidat du Parti démocratique gabonais (PDG) et enfin le président de la transition qui se porte finalement candidat après une révision de la Constitution. À quoi les Gabonais devront-ils s’attendre ?

F.V : les gabonais devront s’attendre à un réel changement comme l’a si bien dit le général Brice Oligui Nguema. Il y aura ce que l’on appelle communément au Gabon une « rupture avec l’ordre ancien ». Sa proximité avec l’ancien régime et son vécu de bonnes et de mauvaises choses en leur sein ont fini par installer une autre vision, une autre manière de faire, différente de celle d’autrefois. Il se gardera de commettre les mêmes erreurs. Voyez vous, les gabonais ont confiance en lui,après avoir applaudi d’une seule main l’arrivée des militaires au pouvoir. Le général Brice Clotaire nous prépare un Gabon meilleur et plus éclairé.

LNA : Mais le général Oligui, à l’origine de ce coup de la libération, pour le reprendre, avait promis de rendre le pouvoir au civil après la transition. Que fait-il du respect de la parole donnée ? Ne s’est-il pas dédit ?

F.V : le président Oligui est un citoyen. Il faut savoir qu’un militaire est avant tout un citoyen. De plus la nouvelle Constitution adoptée après le référendum est un peu plus claire. Brice Clotaire s’est mis en congé de l’armée et dans aucune de ses déclarations, il n’a promis qu’il n’allait pas se présenter comme candidat. Je pense qu’il a respecté sa parole. Pour quelqu’un que je connais et côtoie, je puis vous assurer que c’est quelqu’un qui dit ce qu’il fait et qui fait ce qu’il dit.

LNA : Mais vous êtes d’accord qu’il n’a pas tenu sa promesse qui est celle de rendre le pouvoir au civil à la fin de la transition ?

F.V : mais non parce qu’il s’est mué en civil.

LNA : chose qui a été possible grâce à une révision de la Constitution qui d’ailleurs ressemble à une constitution taillée sur mesure. Vous ne pensez pas ?

F.V : non ce n’est pas le cas. La Constitution a été votée pratiquement à l’unanimité, raison pour laquelle on ne peut dire qu’elle est taillée sur mesure. D’ailleurs, ses farouches opposants parmi lesquels Alain Claude Bilie By Nze ont reconnu les conditions optimales dans lesquelles ce référendum s’est passé. Les gens aspiraient à ce changement et avaient soif de liberté. Pendant quatorze ans, ce peuple est resté enfermé, soif de liberté. Aujourd’hui que ce vent de liberté souffle au Gabon, je ne peux que surfer sur la vague.

LNA : Certains observateurs disent que c’était une volonté manifeste du général Oligui d’écarter des poids lourds avec beaucoup de critères exigés pour candidater. Je veux citer nommément Albert Ondo Ossa, Pierre Claver Maganga ou encore Jean Remy Yama ? De quoi a-t-il peur, finalement, le général Oligui?

F.V : je vous assure que le général Oligui n’a peur de rien, ni de personne. C’est un homme de principe, aux mœurs libres. Je vous l’ai dit tantôt. Il est respectueux de la Constitution qui est on ne peut plus claire. Elle stipule qu’à partir de 70 ans, il n’est pas possible d’être candidat. Mr Pierre Claver dont vous faites allusion est âgé de soixante douze (72) ans, le Pr Albert Ondo Ossa aussi dépasse l’âge requis. Ils sont tous les deux hors compétition. Quant à Jean Rémy Yama que je connais très bien, il n’a pas rempli pas les conditions.
Il faut savoir ce que l’on veut. Nous ne pouvons vouloir une chose et son contraire. Maintenant qu’il nous est demandé de respecter la Constitution ou de respecter la justice et les institutions, on s’en plaint.

LNA : huit (08) dossiers sur 23 ont été validés par la Cour constitutionnelle. Mais ils ne sont que deux sérieux candidats, à savoir le général Brice Clotaire Oligui Nguema et l’ancien ministre sous Ali Bongo, Alain Claude Bilie By Nze, deux anciens du système qui ont côtoyé les Bongo qui risquent de se partager les suffrages du peuple gabonais ? Les Gabonais ne risquent-ils pas d’élire un second clan Bongo, à votre avis ?

F.V : Pas du tout, je ne le pense pas. Le Gabon est un petit pays, petit par la densité, mais grand par son esprit. Je connais personnellement Alain Claude Bilie By Nze à qui je voue un grand respect. Nous nous connaissons tous. C’est quelqu’un de responsable, avec des qualités et des défauts comme vous et moi. N’est pas premier ministre qui veut. Il l’a été pendant que le général Brice Clotaire dirigeait la garde présidentielle. Chacun avait son couloir et ses attributions. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. L’on connaît les tenants et les aboutissants. Comme l’a dit M Alain Claude Bilie By Nze, ce n’est pas une affaire de copain, de coquin et de consaguin. Les choses vont bien se dérouler.

LNA : et concernant l’élection présidentielle, Oligui va-t-il l’emporter au premier tour ou un deuxième tour est-il envisageable d’après vous ?

F.V : le général Oligui est porté par tout un peuple. Ce serait une bérézina que de penser qu’il va se passer un second  tour. A mon avis, il passera dès le premier tour car tout le peuple gabonais est derrière lui, en atteste les photos et vidéos qui circulent durant cette campagne électorale. Actuellement Brice Oligui se trouve dans le Sud du pays, il faut voir je vous assure une véritable liesse populaire qui est derrière lui. En plus, c’est un grand homme, je suis sûr que le moment venu, il va s’asseoir et discuter avec ses challengers, ils fraterniseront. Après tout, c’est le Gabon libéré qui gagne, pas seulement le général Brice Oligui.

LNA : des concertations sont envisageables alors ?

F.V : Ecoutez, nous avons un principe qui nous est propre qui est celui de l’arbre à palabres. Nos contradictions, nos problèmes et différences se font autour de cet arbre à palabres. Je suis d’avis que le moment opportun, tout cet ensemble, ces hommes et cette dame s’asseyeront et arriveront à se parler, les yeux dans les yeux.

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