Mali: libération d’un universitaire critique de la junte après un an d’emprisonnement

Mali: libération d'un universitaire critique de la junte après un an d'emprisonnement

Un universitaire détenu depuis un an pour avoir écrit un livre critiquant la junte au pouvoir a été libéré jeudi matin, a appris l’AFP auprès de l’intéressé et de son avocat.

Étienne Fakaba Sissoko est l’une des rares voix critiques de la junte au pouvoir à encore tenter de se faire entendre de l’intérieur du pays. Ce dernier, chercheur et professeur à la Faculté des sciences économiques et de gestion de Bamako, avait été condamné à deux ans de prison, dont un an ferme pour « atteinte au crédit de l’État », « injures » et « diffusion de fausses nouvelles perturbant la paix publique ».

« Un père de famille retrouve ses enfants, son épouse et sa vieille maman (et) les bancs de la fac au grand bonheur de ses étudiants et dans l’intérêt du Mali. C’est là sa place, il n’avait rien à faire en prison », a déclaré à l’AFP son avocat, Me Birahé Sacko.

Contacté par l’AFP, M. Sissoko a confirmé jeudi sa sortie de la prison de Kéniéroba, à 70 kilomètres au sud de Bamako où il se trouvait depuis mars 2024.

M. Sissoko était mis en cause pour la publication en 2023 d’un livre sur la communication de la junte, caractérisée par des « contenus aux caractères douteux » et des méthodes « basées sur la propagande, l’agitation, la manipulation et même le mensonge », selon une fiche de lecture publiée sur le site de l’éditeur, l’Harmattan.

Malgré les appels répétés d’organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International, demandant sa libération immédiate et inconditionnelle en raison de la violation de son droit à la liberté d’expression, les autorités maliennes ont maintenu sa détention jusqu’à l’achèvement de sa peine.

M. Sissoko, ancien conseiller du président Ibrahim Boubacar Keïta (2013-2020), renversé par les militaires, et ancien analyste de l’ex-mission de l’ONU au Mali (Minusma) depuis poussée vers la sortie, avait déjà été écroué plusieurs mois en 2022 pour d’autres motifs.

La junte au pouvoir au Mali depuis un double coup d’Etat en 2020 et 2021 est régulièrement accusée de réduire au silence les voix dissidentes par des mesures coercitives, des mises en cause judiciaires, des dissolutions d’organisations ou encore des restrictions à la liberté de la presse.

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