Les marches politico-sociales en Centrafrique : Une stratégie de légitimité avant les élections de Décembre 2025

À quelques mois des élections groupées prévues pour décembre 2025, la République Centrafricaine vit une période de tensions politiques croissantes, symbolisées par des manifestations qui se multiplient à travers le pays.

Ces dernières semaines, des organisations de soutien au Président de la République ont intensifié leurs appels à candidature, en particulier en organisant des marches de soutien et des concerts qui se sont intensifiés au mois de février et mars. Il ne se passe pas une semaine sans qu’une manifestation dans la capitale, soit organisée pour soutenir la candidature du Président Faustin Archange Touadéra, dont le pouvoir semble prêt à tout pour assurer sa réélection.

Les manifestations ne se limitent pas aux quartiers généraux des associations de soutien au Président ; elles ont impliqué des habitants de toutes les couches de la société, y compris les populations du Km5, majoritairement musulmanes, qui ont été appelées à participer, certains même pendant le mois sacré de Ramadan. Cela soulève une question: ces marches sont-elles un moyen de renforcer le soutien populaire au Président ou une opération de manipulation politique ?

Selon certaines sources proches du pouvoir, des montants d’argent auraient été distribués à des militants lors de ces marches. Cette pratique, devenue une tradition dans le fonctionnement des partis politiques en RCA, suscite des spéculations quant à la véritable motivation de ces manifestations. La question qui se pose est : le pouvoir a-t-il vraiment besoin de telles mobilisations pour justifier la candidature de Touadéra, alors même que la Constitution de 2023 lui permet de briguer un troisième mandat ?

Le pouvoir semble chercher à acquérir une légitimité supplémentaire dans un climat où la question du troisième mandat du Président Touadéra fait l’objet de contestations. D’autant plus que l’opposition politique, largement critiquée pour son inaction, commence à se réorganiser.

Le 18 mars dernier, les leaders du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC), une coalition de partis d’opposition, ont annoncé leur propre marche prévue pour le 4 avril. Leur objectif ? Exiger le départ du Président à l’issue de ce deuxième et dernier mandat et protester contre la Constitution du 30 Aout 2023, qu’ils considèrent comme illégitime.

L’opposition ne se contente pas de dénoncer, elle prend également les devants avec cette initiative. La marche annoncée par le BRDC marque un tournant décisif dans la stratégie de l’opposition, qui jusque-là semblait hésitante. En organisant ce rassemblement, les leaders de l’opposition cherchent à se poser en force contestataire face à un pouvoir qu’ils jugent autoritaire et peu transparent dans son approche politique.

Le climat de tension qui s’installe dans le pays ne se limite pas à une simple lutte pour la légitimité. Il s’agit aussi d’un bras de fer ouvert entre le camp du Président et celui de l’opposition, chacun cherchant à mobiliser ses partisans pour influer sur le processus électoral.

Le pouvoir semble faire tout ce qu’il peut pour garantir sa position dominante, tandis que l’opposition, galvanisée par ce dernier rebondissement, prépare un combat féroce pour renverser la situation.

Les jours et semaines à venir s’annoncent cruciaux pour l’avenir politique de la République Centrafricaine. La bataille pour la légitimité, les marches populaires, et les appels à la contestation du pouvoir mettront à l’épreuve non seulement les capacités de mobilisation des uns et des autres, mais aussi la stabilité politique du pays à l’approche des élections de décembre.

 Les regards sont désormais tournés vers ces prochains mois où la politique centrafricaine risque de connaître de nouveaux rebondissements, et où les manifestations pourraient devenir un élément central du paysage politique national.

 

Adrien KOUNDOU-ZALIA

Journaliste d’Investigation et

Expert en Communication Politique

Tribune