Au cœur de la bande sahélienne, la réalité finit toujours par rattraper la propagande. Tandis que les juntes au pouvoir au Burkina Faso, au Mali et au Niger multiplient les discours triomphalistes sur la reconquête territoriale, la restauration de la dignité nationale et une prétendue souveraineté retrouvée, les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés viennent d’infliger un cinglant désaveu à ces régimes d’exception.
Selon les données publiées par l’agence onusienne, le nombre de personnes déplacées de force dans ces trois pays a presque doublé depuis 2020, frôlant aujourd’hui la barre insoutenable de 4 millions de personnes.
Le mirage sécuritaire des régimes d’exception
Promue comme la solution miracle pour éradiquer l’insécurité, la prise de pouvoir par les armes s’est avérée être un fiasco humanitaire et stratégique. Les promesses martiales de sécurité rapide et implacable se sont fracassées sur le terrain, laissant derrière elles des populations abandonnées à leur sort. Plutôt que d’apporter la paix, les régimes militaires se sont enfermés dans une fuite en avant autoritaire. La critique y est désormais criminalisée, la liberté d’expression muselée et toute voix discordante étouffée sous couvert de patriotisme ou de lutte contre l’ennemi intérieur. En s’attaquant aux médias indépendants et en diabolisant les organisations internationales, les juntes tentent d’ériger un écran de fumée pour masquer leur incapacité chronique à protéger les citoyens. Pendant ce temps, des millions de Sahéliens fuient leurs terres, arrachés à leurs foyers, à leurs cultures et à leurs écoles, face à l’impuissance des autorités de fait.
Une souveraineté qui se nourrit de la détresse populaire
De quoi est faite cette souveraineté brandie à longueur de communiqués officiels si elle se traduit par l’errance de près de 4 millions d’âmes ? Comment parler de victoire quand des pans entiers de ces nations sont exsangues, que les femmes et les enfants sombrent dans une détresse profonde, et que la survie des populations dépend de l’aide humanitaire internationale ? La vérité que les gouvernances militaires refusent d’admettre est que la force brute et la confiscation du pouvoir ne remplacent ni la stratégie, ni la bonne gouvernance, ni le respect des droits fondamentaux. En refusant le pluralisme, le dialogue et la transparence, les juntes sahéliennes enferment leurs pays dans une impasse tragique.
L’urgence de regarder la réalité en face
Le constat fait par le HCR ne constitue pas seulement une donnée chiffrée, mais un réquisitoire contre l’immobilisme et l’irresponsabilité des dirigeants autoproclamés. Il est plus que temps d’ouvrir les yeux sur le gouffre vers lequel ces régimes entraînent le Burkina Faso, le Mali et le Niger. La sécurité véritable ne se décrète pas par des slogans et ne s’obtient pas en transformant les citoyens en réfugiés dans leur propre pays. Tant que les gouvernances en place refuseront de privilégier le bien-être et la protection de leurs peuples aux ambitions politiciennes des casernes, le Sahel continuera de s’enfoncer dans la douleur.







