Pendant que le Sénégal poursuit ses discussions avec le FMI dans l’espoir de parvenir à un nouveau programme, les contraintes financières continuent de s’accumuler.
Deux événements récents en témoignent : la nouvelle dégradation de la note souveraine par Moody’s et les conditions toujours très coûteuses de la dernière adjudication du Trésor.
Moody’s a abaissé la note du Sénégal de Caa1 à Caa2, avec perspective négative. L’agence met notamment en avant l’augmentation des pressions de refinancement, la détérioration de la capacité à supporter la dette et les faibles perspectives de réduction de l’endettement. Plus préoccupant encore, elle considère désormais qu’un traitement de la dette impliquant les créanciers privés fait partie des scénarios possibles pour soulager les tensions de liquidité.
*Le Sénégal emprunte toujours, mais à quel prix ?*
Lors de l’adjudication du 28 août, le Trésor recherchait 70 milliards de FCFA et en a retenu 77 milliards. L’opération est donc réussie du point de vue du montant mobilisé.
Mais les rendements restent extrêmement élevés : 7,85 % à un an, 7,77 % à trois ans et 8,24 % à cinq ans. Par rapport au 14 août, la détente est marginale : –19 points de base à un an et pratiquement aucune amélioration à trois et cinq ans.
Le fait nouveau positif est le retour d’une capacité de placement sur les maturités moyennes, notamment à trois ans. Mais le Sénégal continue de payer une prime de risque proche de 8 %.
*Le contraste saisissant avec un Burkina Faso en guerre*
La comparaison avec le Burkina Faso permet de mesurer l’ampleur du problème.
Le 12 août, le Burkina Faso a réalisé sur le même marché UMOA-Titres une adjudication comprenant des titres à un, trois, cinq et sept ans. Son BAT à douze mois est ressorti à un rendement moyen pondéré de seulement 4,13 %, tandis que ses OAT affichaient 6,13 % à trois ans, 7,30 % à cinq ans et 7,41 % à sept ans.
À maturité comparable, les écarts avec le Sénégal sont considérables : 7,85 % contre 4,13 % à un an, soit 3,72 points de plus ; 7,77 % contre 6,13 % à trois ans, soit 1,64 point de plus ; et 8,24 % contre 7,30 % à cinq ans, soit 0,94 point supplémentaire.
Cette comparaison est d’autant plus frappante que le Burkina Faso est un pays en guerre, confronté depuis plusieurs années à une grave crise sécuritaire. Pourtant, sur le même marché financier régional, dans la même monnaie et sous la même politique monétaire de la BCEAO, les investisseurs lui prêtent actuellement à des conditions sensiblement plus favorables qu’au Sénégal.
Cela signifie que le problème sénégalais ne peut être expliqué principalement par un manque général de liquidité sur le marché régional ou par la politique monétaire de la BCEAO. Le marché applique au Sénégal une prime de risque spécifique, liée à la dette, aux besoins considérables de refinancement, aux incertitudes entourant la trajectoire budgétaire et à la perte de confiance.
*Le temps joue désormais contre le Sénégal*
La concomitance entre la décision de Moody’s et cette nouvelle adjudication est donc préoccupante.
Le Sénégal conserve l’accès au marché. Mais avoir accès au financement ne signifie pas que la dette est soutenable. Lorsqu’un État doit continuellement refinancer des montants considérables à des taux proches de 8 %, le coût des nouvelles émissions vient progressivement alourdir le service futur de la dette.
Pendant que les négociations avec le FMI se prolongent, le compteur continue donc de tourner : nouvelles émissions, intérêts élevés, échéances futures supplémentaires et pression croissante sur les finances publiques.
L’urgence est donc double : parvenir rapidement à un accord avec le FMI pour restaurer la confiance et retrouver l’accès aux financements concessionnels, mais également traiter le problème de la dette elle-même.
La dégradation de Moody’s et les dernières adjudications renforcent ainsi notre diagnostic : une restructuration ordonnée de la dette, accompagnée d’un redressement budgétaire crédible et d’un accord avec le FMI, apparaît de plus en plus difficile à éviter.
Pr Amath NDIAYE
FASEG – UCAD







