Parfois, une crise révèle des lignes de fracture longtemps restées invisibles. Celle qui secoue aujourd’hui la FIFA dépasse largement la personne de Gianni Infantino. Elle oppose désormais deux visions du pouvoir dans le football mondial : celle défendue par l’Afrique et une grande partie du Sud global, et celle portée par l’Europe.
Jeudi, à l’issue d’une réunion de son comité exécutif, la Confédération africaine de football (CAF) a réaffirmé « à l’unanimité » son soutien au président de la FIFA, fragilisé par la polémique autour de son projet finalement abandonné d’ouverture de certaines activités de l’instance à des investisseurs privés.
Dans les salons feutrés de Rabat, où s’était tenue la veille une réunion de crise de la FIFA, les dirigeants africains ont choisi de tourner la page. Certes, la CAF rappelle que « le respect de la gouvernance, des procédures régulières et de la transparence est essentiel et non négociable ». Mais le message politique est limpide : l’Afrique ne lâche pas Gianni Infantino.
Le soutien de Patrice Motsepe, président de la CAF, n’est pas anodin. Avec ses 54 fédérations membres, le continent africain représente l’un des blocs électoraux les plus influents de la FIFA. Depuis son arrivée à la tête de l’organisation en 2016, Gianni Infantino a fait de l’Afrique un pilier de sa stratégie, multipliant les programmes de développement et les financements destinés aux fédérations africaines.
Face à ce soutien massif, l’Europe campe sur ses positions. L’UEFA, dirigée par Aleksander Čeferin, a confirmé le maintien de son boycott des compétitions organisées par la FIFA, y compris des Coupes du monde. Pour les Européens, les excuses présentées par la direction de l’instance mondiale ne suffisent pas à restaurer la confiance.
Les dirigeants européens exigent désormais des garanties formelles afin qu’aucun projet similaire ne puisse être relancé à l’avenir. Plus grave encore pour le président de la FIFA, l’UEFA affirme avoir perdu confiance dans son leadership. Plusieurs fédérations européennes ont déjà annoncé qu’elles ne soutiendraient pas sa candidature lors de l’élection présidentielle de 2027.
Cette confrontation illustre un basculement géopolitique du football mondial. Pendant des décennies, les décisions majeures étaient largement influencées par l’Europe. Aujourd’hui, grâce au principe d’une fédération égale une voix au sein du congrès de la FIFA, les confédérations africaines, asiatiques et caribéennes disposent d’un poids électoral considérable.
À court terme, Gianni Infantino semble encore protégé par cette alliance africaine. Mais la crise a laissé des traces profondes. Jamais depuis son accession à la présidence de la FIFA en 2016, il n’avait dû faire face à une contestation aussi ouverte de la part de l’Europe.
Derrière les communiqués diplomatiques, une question demeure : le football mondial peut-il fonctionner durablement avec une Afrique qui soutient son président et une Europe qui refuse désormais de lui faire confiance ? À moins d’un rapprochement rapide, la bataille autour de Gianni Infantino pourrait bien préfigurer une recomposition durable des équilibres au sein de la FIFA.







